dimanche 7 juin 2020


TOUT AUSSI TOUCHÉS, LES NON COTÉS FONT ÉGALEMENT PREUVE DE LUCIDITÉ ET DE RECUL.

Du retard, des stratégies à réviser, l’annulation d’essais cliniques en cours ou à venir mais, au final, beaucoup de sérénité, des démarches solidaires et surtout de la combativité. Qu’il s’agisse de biotechs cotées ou non, d’associations professionnelles, d’investisseurs privés ou institutionnels, chacun doit composer avec les contraintes du confinement et une situation économique hors du commun. « Le secteur des biotechs est lourdement sanctionné sur les marchés, beaucoup plus que celui des grands groupes pharmaceutiques », observe Gérard Soula, Pdg d’Adocia. Et, « avec nos partenaires chinois, nous avons sans doute été plus pénalisés que d’autres. Mais la Chine est déjà sortie de la crise et nous avons de bonnes nouvelles. Il vaut mieux être finalement dans cette partie du globe qu’aux États-Unis ! ». Serein, Gérard Soula est parmi les capitaines de biotech les plus capés de France mais aussi de ceux sachant le mieux naviguer par gros temps. Un véritable plan Orsec a été mis en place chez Adocia avec seulement 20 salariés sur 130 maintenus sur site.

Maintien des activités mais agendas décalés

Tout aussi touchés, les non cotés font également preuve de lucidité et de recul. Laurent Meijer, pour Manros Therapeutics doit composer avec deux fournisseurs aux stratégies radicalement différentes en termes de maintien d’activité. « Nous avons des tests pharmacocinétiques en cours dans un cas tout est arrêté, dans l’autre le travail se poursuit. Il faut prendre cela avec le recul nécessaire, aller à l’essentiel. »  « La pression au quotidien nous savons ce que c’est, confie pour sa part Christine Placet pour Horama1 qui vient en pleine crise de signer un bel accord de licence exclusif avec l’Université de Leiden (LUMC).

Ce qui est plus complexe à l’heure actuelle concernant Horama, c’est l’arrêt de notre essai clinique de Phase I/II pour HORA-PDE6B. Compte tenu des circonstances nous n’avons pas la main sur l’agenda à suivre. » « Nous venons de livrer en un temps record des oligonucléotides on demand à deux hôpitaux universitaires américains, ce qui constitue une véritable validation de notre proposition de valeur », indique de son côté Thomas Ybert, l’un des trois co-fondateurs de DNA Script. Mais, ajoute-t-il « sécurité oblige, nous avons adopté toutes les mesures nécessaires pour protéger nos salariés ce qui va sans doute entraîner un retard concernant le calendrier de production de notre imprimante à ADN ». L’entreprise devra gérer son cash au plus fin pour ne pas manquer de moyens le moment venu. Elle sait déjà que la commercialisation n’interviendra qu’en 2021, plus tard que prévu.

Définir les priorités    

« Le confinement désorganise certaines sociétés mais nous maintenons le lien pour trouver des solutions et nous placer dans la perspective de la reprise. Il faudra surtout être dans les starting-blocks dès que nous basculerons sur les derniers jours de crise », souligne Franck Mouthon. Le patron de France Biotech et de Theranexus œuvre aussi en parallèle avec les autres associations professionnelles du secteur pour définir les priorités et les procédures à mettre en œuvre. Il explique : « Nous demandons le paiement rapide des créances fiscales 2018-2019, l’accélération du versement des aides et des subventions, la garantie des prêts bancaires… »

La finance au combat

Une ligne de défense que rejoint point par point celle de Bpifrance dont l’effort est applaudi par nombre de professionnels. « La mobilisation dont Bpifrance fait preuve est exceptionnelle », souligne à ce sujet Antoine Papiernik, le président de Sofinnova Partners. Chez ce VC, on pointe les 333 759 essais cliniques en cours dans plus de 200 pays. « Sur ce nombre considérable, combien d’études seront arrêtées, combien ne pourront pas être redémarrées, combien ne reprendront que dans 3 à 6 mois ? », s’interroge Antoine Papiernik ajoutant que « l’impact à long terme sur les médicaments qui pourraient ne pas naître en raison de l’arrêt des essais cliniques n’est pas encore mesurable ». Actif, l’investisseur est plus que jamais mobilisé et pourrait annoncer un deal dans les semaines à venir. Parallèlement, il compte ses troupes : les valides, ceux qu’il faut secourir d’urgence. « Depuis la première heure nous mettons tout dans la bataille nous sommes en contact avec les sociétés de notre portefeuille, nous analysons les besoins, nous intervenons, insiste Antoine Papiernik. Dans ces moments de combat, il faut être mobilisés le choix ne se pose même pas. » Et de conclure : « Si j’étais investisseur institutionnel cette crise me questionnerait : qu’est ce qui compte finalement ? La recherche de sens des investissements ou juste le rendement… »

Les chiffres

90%

Bpifrance garantit la banque de l’emprunteur à hauteur de
90% si elle accepte un prêt de 3 à 7 ans et garantit à même hauteur un découvert sur 12 à 18 mois.

10 000 à 5 M€

La fourchette de prêts sans garantie proposés par Bpifrance aux PME avec un différé important de remboursement. Pour les
ETI, plusieurs dizaines de millions d’euros.

30 %

Pour chaque entreprise Bpifrance mobilise toutes les factures et rajoute un crédit de 30% du volume mobilisé.


Auteur


Jacques-Bernard Taste