mercredi 29 janvier 2020


Consultant, cofondateur de Bionest Partners et coach de dirigeants, Claude Allary a achevé et soutenu une thèse originale intitulée « La socialité du fondateur de jeune entreprise – apports de la sociobiologie » Fondée sur une série d’entretiens menés avec 25 fondateurs-dirigeants de start-up de biotechnologie, elle éclaire le lecteur sur les éléments déterminants de socialisation et de gouvernance à l’œuvre dans les biotechs Elle ouvre aussi des pistes en matière d’optimisation des organisations et de développement personnel, adaptées au secteur Claude Allary revient, pour Biotech Finances, sur la genèse et la finalité de ce travail de recherche

Biotech Finances : Qu’est-ce qui vous a conduit à mener cette thèse ?

Claude Allary : J’ai plus de 40 ans de carrière dans les industries de santé, dont 25 ans dans le consulting en stratégie, essentiellement au service de sociétés innovantes en santé humaine, biotechs et medtechs Je voulais, à travers cette thèse, à la fois « théoriser » mon expérience et essayer d’apporter un éclairage et une amorce de solution à certaines difficultés récurrentes

Tout part d’un constat, celui d’un déséquilibre dans la valorisation et l’appréciation des qualités des dirigeants en faveur du leadership individuel et en défaveur des attributs de coopération Le leadership est nécessaire –  c’est même une qualité indispensable pour occuper des fonctions de CEO dans notre secteur Mais lorsqu’il est excessivement centré sur le dirigeant, il devient hégémonique, entraîne une sous-exploitation de l’intelligence distribuée et dessert l’entreprise Inversement, la collaboration est mal valorisée, notamment par les capital-risqueurs, elle est associée à la mollesse et la lenteur, et vue comme susceptible de le distraire de son focus sur la création de valeur Elle est pourtant le pilier d’un mode de management efficace et, in fine, d’une organisation productive et résiliente

BF : Vous faites, dans votre thèse, un long détour par la sociobiologie Qu’êtes-vous allé y chercher ?

CA : La sociobiologie est l’étude des comportements sociaux des animaux (non-humains) ; le biomimétisme, une démarche consistant à copier des processus innovants existants dans la nature pour les appliquer à des inventions humaines, dans l’industrie notamment Il est évident qu’humains et animaux sont dotés d’attributs de socialité qui induisent des comportements collectifs et la mise en commun de taches De même, les entreprises sont, comme tout être vivant, soumises aux forces de l’évolution darwinienne, et cherchent à survivre et se reproduire L’alternance de phases de lutte et de coopération s’observe dans l’entreprise comme chez les animaux et les humains Dès lors, une question a traversé mon travail : la sociobiologie animale peut-elle aider à comprendre la socialité managériale