mardi 26 janvier 2021


RECONFINEMENT : CRAINTES ET DÉTERMINATION DES DIRIGEANTS

(BIOTECHFINANCES n° 919 Lundi 2 novembre 2020) À la suite de la décision gouvernementale de reconfiner et face à une crise sanitaire, économique inédite, la rédaction de Biotech Finances a choisi de vous donner la parole en direct. Voici donc les réactions à chaud, de dirigeants de biotechs, medtechs, fonds d’investissements, cabinets de consultants… qui témoignent ici de leur inquiétude financière, leur interrogation sur le calendrier des essais cliniques, mais aussi de leur détermination à passer cette seconde vague sans casse sociale.

« Notre petite biotech développe des traitements innovants, de rupture, pour certaines maladies et traumatismes du SNC. Nous sommes en plein essai clinique de phase 2 et depuis le début de l’année nous déplorons des retards dramatiques de cette étude. Certains CHU la suspendent sans même nous en informer, réquisitionnant le personnel des URC et des CIC pour la COVID. De plus les traitements envoyés sur site vieillissent et il faut prévoir de refabriquer des lots. Face à cela, nous n’avons droit à aucun soutien de Bpifrance, par exemple les critères d’éligibilité aux PGE innovation ne s’appliquent pas à nous, petite biotech innovante qui développe un nouveau médicament. J’aimerais que nous tenions, via France Biotech, un moratoire sur les critères d’éligibilité au PGE innovation de façon à faire infléchir les positions de l’Etat pour prendre en compte les réalités de nos structures. »

Isabelle Villey, DG de Mapreg


« Ces mesures ne tiennent pas compte des problématiques des start up qui ont des calendriers de trésorerie précis et des échéances cruciales. Figer l’économie à nouveau pour 4 semaines minimum sans vision claire du calendrier est complètement irresponsable. Dans notre cas par exemple, nous ne pouvons plus réaliser les essais sur les animaux (manque de curare) qui nous sont demandés pour valider les millestones en vue de notre prochaine levée de fonds prévue début 2021. Le PGE limité à 2 ans de masse salariale et qui de toute façon devra être remboursé au final n’est pas une mesure suffisante. L’annulation des charges est un minimum qui devrait être la première mesure envers les TPE. »

Bernard Pain président d’une société de R&D en dispositifs médicaux


« Angoisse et résignation. Nous prenons du retard sur le volet commercial et sur les activités de développement nécessitant un déplacement chez des prestataires. Côté finance, les fonds propres sont grignotés. Quant au RH on était dans des recrutements. Maintenant que faire ? Difficile d’intégrer des nouvelles personnes. »

Corinne Simon, DG d’Etisense


« En tant que fonds d’investissement, nous sommes très préoccupés par les conséquences économiques de ces mesures sur les entreprises que nous accompagnons qui, pour certaines d’entre elles, sont ou seront durement touchées. Nous sommes également inquiets du risque d’attentisme de certains grands souscripteurs, qui pourraient reporter leurs décisions d’investissement dans des fonds jugés « à risque » dans cette période marquée par le manque de visibilité et l’incertitude quant au redémarrage de l’économie. Pour le moment, nous sommes armés pour continuer à soutenir les entrepreneurs résilients qui savent imaginer et créer des alternatives, de nouveaux modèles économiques, en sachant pivoter pour s’adapter aux nouvelles circonstances. Mais combien de temps pourrons-nous continuer à soutenir des projets pour lesquels l’accès aux patients pour leurs études cliniques serait freiné durablement par la priorité donnée à la COVID-19 ? Comment accompagner des entreprises dont les fondamentaux sont bons mais dont le décalage dans l’atteinte de jalons de valeur ne permettrait plus de mobiliser de nouveaux investisseurs ? C’est à la fois notre challenge et notre combat que d’essayer, avec les entrepreneurs mais aussi avec nos co-investisseurs, à trouver les meilleures réponses dans les prochains mois. Là aussi, la solidarité de l’ensemble des acteurs de la chaîne de financement (et pas seulement de l’état) sera l’une des clés de la pérennité de nombreuses entreprises. »

Sébastien Touvron, président de Kreaxi


« Nous nous y sommes préparés et bénéficions de l’organisation mise en place lors du premier confinement. Le télétravail va etre renforcé mais est déjà d’actualité. Le chômage partiel pourra être utilisé si besoin Pas d’impact identifié à ce stade sur notre développement. »

Arnaud Mascarell, Pdg de Fineheart


« Nous évaluons la possibilité de quitter la France. Impact fort sur notre R&D et délétère sur le financement. »

Bernard Ludwig, PDG de Preciphos Ltd


« Étant une entreprise de service pour les laboratoires de recherche industrielle (biologie cutanée), nous prenons de plein fouet un second confinement et la réorientation des budgets vers des axes devenus prioritaires (publicité, marketing, packaging) au détriment de l’innovation. L’impact financier est direct : -30% de CA et pour l’instant sans incidence sur l’emploi. »

Brigitte Onteniente, PDG de Phenocell


« Cela va entrainer une désorganisation totale, rendre difficile les études cliniques. Notre étude sur la COVID va sans doute être arrêtée à cause du confinement. On fait mieux dans l’efficacité. »

Gaetan Terrasse, président de H4 Orphan Pharma


« Pour ce nouveau confinement, j’espère que le CNRS qui nous héberge encore pour 2 mois ne va pas fermer les portes. Autrement, la reprise était faible mais là… Financièrement il faudra surement redemander un PGE par sécurité. Pour les emplois nous étions restés sur du télétravail au maximum possible donc pas de changement. »

Jean-michel Lagarde, président d’Imactiv-3D


« Globalement, les mesures me semblent adaptées au contexte sanitaire. Maintenant, il semble difficile à ce stade de mesurer l’impact sur les programmes de recherche clinique. Depuis septembre de nombreux projets étaient repartis, j’espère qu’il n’y aura pas un nouvel arrêt. Faut-il pour certaines catégories de travailleurs faire un mixte entre télé-travail et chômage partiel. Il est difficile par exemple pour un attaché de recherche clinique de faire des visites à l’hôpital si celui-ci refuse sa venue. Au premier confinement, le recrutement de nouveau patients dans les études a été interrompu dans la plupart des centres, que va-t-il se passer pour ce second durcissement sanitaire ? Inquiet également de la possible fermeture des hôpitaux en cas de plan blanc et donc du report des visites de monitoring, mise en place… Pour les patients déjà recruté dans une étude clinique, la bonne solution est de mettre en place les visites de suivi des patients à domicile par des infirmiers de recherche clinique (IRC) mais leur disponibilité se fait de plus en plus rare. Du point de vue financier, le PGE permet de tenir, mais un remboursement à partir de mars prochain semble impossible. »

Fabrice Beauchene, gérant de Popsi Cube