vendredi 20 mai 2022


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N°983-11-04-2022

40,60

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Description

ONXEO, L’AVENTURE AMÉRICAINE

Cotée sur Euronext et à Copenhague, la biotech française nomme une PDG américaine et envisage une introduction au Nasdaq.

La biotech française Onxeo veut jeter davantage de ponts vers l’autre côté de l’Atlantique. Après la montée en puissance du fonds américain Invus à son capital (10,72%) en 2020, puis la nomination de Shefali Agarwal au poste de PDG cette semaine, l’entreprise annonce vouloir renforcer ses équipes R&D aux États-Unis mais aussi réfléchir à un listing à la bourse de New-York. « C’est effectivement dans nos ambitions. Il faut d’abord que nous lancions des essais cliniques aux Etats-Unis. A ce jour, nos équipes R&D dans le Massachussetts comptent 7 personnes. Elles seront probablement entre 20 et 30 dans les deux à trois ans », détaille la dirigeante qui affirme également que la biotech conservera son ancrage à la Bourse de Paris, tout en laissant planer le doute sur la conservation de ses intérêts boursiers au Danemark.

Cotation à la Bourse de New-York

Onxeo développe au stade clinique une plateforme ciblant des voies de réparation de l’ADN tumoral au travers d’un mécanisme de leurre. Elle développe également, au même stade, un candidat médicament quand d’autres sont au niveau préclinique.

Médecin de formation, Shefali Agarwal arrive d’Epizyme, une biotech américaine travaillant sur un traitement anticancéreux. Elle en dirigeait le développement clinique mondial ainsi que la stratégie réglementaire. Si Epizyme connait actuellement des déconvenues en bourse – son cours titrait à moins de 1 $ le 7 avril contre 8,44 $ à la même date un an plus tôt-, la PDG veut croire à un destin différent pour Onxeo qui a annoncé jeudi soir une augmentation de capital de 12 M€ souscrite auprès de ses principaux actionnaires Invus et Financière de la Montagne. Une manne qui lui permet d’étendre sa visibilité financière jusqu’au 2e trimestre 2023.

Partenariat et croissance externe

« Pour les trois années à venir, je me suis fixé pour objectif que l’entreprise compte davantage d’investisseurs américains, et d’investisseurs internationaux de renom. Nous allons créer de la valeur pour l’entreprise », explique la nouvelle PDG, qui a remplacé Judith Greciet partie en début d’année. « Nous devons également être capable de nouer des partenariats avec des Big Pharma pour générer des revenus et développer notre plateforme avec de nouveaux actifs et produits », poursuit-elle.

Onxeo s’apprête-t-elle à réaliser des opérations de croissance externe ? La porte est ouverte. « Il y a des tas de façon de travailler. On peut être partenaires et codévelopper ; racheter des brevets ou bien d’autres biotech plus petites… Nous évaluerons toutes les solutions », appuie Shefali Agarwal qui compte également renforcer ses équipes au niveau des fonctions support.

Chiffres

2014 

Fusion de BioAlliance Pharma (BIO)
et la biotech danoise Topotarget, spécialisées en oncologie, pour donner naissance à Onxeo.

39 M€ 

Capitalisation boursière de la biotech
à Paris.

Coté 

Smaio (ALSMA) lève environ 9 M€ en s’introduisant sur Euronext Growth à Paris. La cotation commencera demain, les actions ayant été proposé au public au prix de 5,54 €. Ce qui valorise la medtech lyonnaise spécialisée dans les chirurgies de la colonne vertébrale à 29 M€ avec un flottant d’environ 15%. (Lire BiotechFinances n°981 du 28 mars 2022, « SMAIO TENTE LA FENÊTRE BOURSIÈRE »)

Abionyx Pharma (ABNX), présente des résultats intermédiaires positifs de l’essai clinique de phase 2a évaluant son candidat CER-001 dans le traitement des patients atteints de septicémie à haut risque de développer une lésion rénale aiguë. L’étude qui se réalise auprès de 20 patients a été retardée depuis le 1er recrutement en juin 2021 en raison de la pandémie. À ce jour, 13 patients ont été enrôlés. Un examen intermédiaire des dix premiers sujets a montré que par rapport au traitement standard, CER-001 a rapidement amélioré les biomarqueurs de l’inflammation, y compris de la leucocytose, ainsi que de la dysfonction endothéliale, empêchant le déclin des patients septiques vers une lésion rénale aiguë. Aucun effet secondaire sévère lié au traitement n’a été observé dans cette population de patients gravement malades.

Néovacs (ALNEV) émet pour 2 M€ d’obligations convertibles (OCEANE assorties de BSA). L’opération dilue d’environ 38% les actionnaires. La société utilisera 1M€ pour financer son programme de recherche Kinoïde sur les allergies et le solde pour renforcer ses capacités d’investissement dans des biotechs ou medtechs. Neovacs détient déjà des participations dans Bio Detection K9, Signia Therapeutics et Netri.

Erytech Pharma (ERYP) publie des résultats de l’essai clinique de phase 2, conduit par l’Organisation nordique d’hématologie et d’oncologie pédiatrique (NOPHO), dans le traitement avec eryaspase dans la LAL. L’étude a été réalisée auprès de 55 patients atteints de LAL et ayant développé une hypersensibilité à l’asparaginase pégylée. Les principaux objectifs c’est-à-dire l’activité et la sécurité de l’enzyme asparaginase ont été atteints. « Nous entretenons un dialogue continu avec la FDA concernant une éventuelle approbation réglementaire dans cette indication sur la base de l’étude parrainée par NOPHO », a déclaré Iman El-Hariry, la directrice médicale d’Erytech.

Intrasense (ALINS) signe un accord avec TeleDiag. Cette dernière donnera ainsi à son réseau de 500 radiologues en France un accès à la plateforme d’imagerie médicale Myrian développée par Intrasense, pour un suivi de l’évolution des lésions et des pathologies en oncologie.

Oncodesign (ALONC) en forme. La biotech bourguignonne a présenté cette semaine ces chiffres 2021 avec un CA groupe en hausse de +23% à 31,3 M€, des produits et revenus d’exploitation à 36,2 M€ compensant l’arrêt attendu de la subvention de GSK (8 M€), un effort d’investissement R&D à 7,4 M€ et un résultat Net proche de l’équilibre (-0,3 M€). Philippe Genne a qualifié à cette occasion les perspectives pour 2022 d’excellentes.

SpineGuard (ALSGD), a obtenu cette semaine l’autorisation de la FDA pour la commercialisation aux États-Unis de la gamme des dispositifs « Threaded PediGuard » (PediGuard fileté) pour l’assistance des chirurgies instrumentées de la colonne vertébrale par voie antérieure. La demande avait été soumise mi-janvier. Stéphane Bette, cofondateur et DG délégué de SpineGuard a indiqué à cette occasion qu’il s’agissait du tout premier dossier dans l’histoire de la société à démontrer l’efficacité de notre dispositif PediGuard dans une nouvelle application vertébrale autre que la visée pédiculaire : l’insertion précise de vis dans les corps vertébraux par approche antérieure.

Non coté     

TreeFrog Therapeutics, qui opère dans les thérapies cellulaires dérivées d’iPSC prend pied au Japon avec un bureau commercial à Tokyo TreeFrog Therapeutics Japan et la création d’un laboratoire à Kobe, au Creative Lab for Innovation Kobe (CLIK).  Pour l’heure, 2 personnes sont mobilisées à Tokyo et une à Kobe. Ce laboratoire, le premier ouvert au CLIL par une biotech française devrait être pleinement opérationnel d’ici fin 2022 avec 10 recrutements en cours et monter jusqu’à une vingtaine de personnes. « Nous visons à démontrer à nos partenaires universitaires et industriels japonais les avantages de la technologie C-Stem TM pour le développement et la production en série de produits plus sûrs et plus efficaces et des thérapies cellulaires dérivées d’iPSC plus abordables, » a souligné Frédéric Desdouits, DG de TreeFrog Therapeutics.

DNA Script, conclut des accords avec plusieurs sociétés de distribution d’instrumentation de laboratoires dans toute la région Asie-Pacifique, notamment Cold Spring Biotech (Chine, Taiwan et Hong Kong), Research Instruments (Singapour), Premas Life Sciences (Inde) et Bio-Medical Science (Corée du Sud). Ces partenariats vont assurer la commercialisation de l’imprimante d’ADN développée par DNA Script. (Lire BiotechFinances n°963 du 1er novembre 2021, « DNA SCRIPT, LA SUCCESS STORY »)

Medadom, noue un partenariat stratégique avec PharmaVie, un groupement de 500 pharmacies en France. Chaque officine pourra s’équiper de bornes ou de cabines connectées développées par Medadom afin que ses clients puissent obtenir une consultation avec un médecin généraliste dans un délais moyen de dix minutes.

Cardiorenal boucle un tour d’amorçage de 3,3 M€ auprès de ses dirigeants, actionnaires historiques, et de business angels. Ces fonds vont permettre à la medtech de finaliser le développement réglementaire de son dispositif connecté avec un marquage CE prévu en 2023. Sa solution numérique qui repose sur des biomarqueurs sanguins surveillés à domicile a fait l’objet en 2021 d’un essai clinique auprès de patients en insuffisance rénale chronique sévère. Les résultats seront présentés le mois prochain.

Les premiers résultats de la phase 2a menée par Alzprotect avec EZEPROGIND dans la paralysie supranucléaire progressive (PSP) devaient logiquement être publiés au troisième trimestre 2022. L’objectif principal de cet essai clinique est d’évaluer la tolérance du produit chez les patients atteints de PSP de renforcer les données pharmacocinétiques (PK) et pharmacodynamiques (PD) du produit après 3 mois de traitement et d’évaluer l’impact du traitement sur les marqueurs de la maladie (plus de 20 d’entre eux, ciblant l’inflammation et la neurodégénérescence). Cette étude de phase 2a devrait être achevée d’ici juillet 2022.  Dans le cadre de l’essai, 36 patients atteints de PSP reçoivent un placebo ou l’une des deux doses d’EZEPROGIND administrées par voie orale pendant 3 mois.

Monde         

L’OMS suspend l’achat et la fourniture de Covaxin, un vaccin COVID-19 fabriqué par Bharat Biotech, à la suite d’une inspection dans les installations de l’entreprise indienne. Il est recommandé aux pays qui ont reçu le vaccin de « prendre les mesures appropriées« . Plus de 308 millions de doses de Covaxin ont été administrées à travers l’Inde. L’efficacité du vaccin n’est pas remise en cause, mais des lacunes de bonnes pratiques de fabrication ont été pointées par l’OMS. Bharat Biotech s’est engagée à y remédier dès que possible.

Fresenius Kabi réalise deux acquisitions coup sur coup dans la biotechnologie. La pharma allemande prend une participation majoritaire de 55% au capital de l’espagnole mAbxience, spécialisée dans les biosimilaires. Sa maison mère, le groupe familial Insud Pharma, recevra un versement initial de 495 M€ auxquels s’ajouteront des paiements d’étape. En parallèle, Fresenius Kabi rachète l’américaine Ivenix qui développe des thréapies par perfusion pour 240 M$ d’upfront, plus des paiements d’étape.

PharmaZell et Novasep, ont finalisé leur fusion, à la suite de négociations exclusives initiées en septembre 2021. L’opération donne naissance à une entreprise leader dans les services de CDMO et la fabrication d’API axée sur la technologie. La combinaison des deux activités est censée créer une entreprise d’envergure mondiale présente en Europe, aux États-Unis et en Inde. Le nouveau groupe générera près de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploiera plus de 2 000 salariés sur dix sites de production et de R&D, dont sept en Europe, deux en Inde et un aux États-Unis.

La Commission européenne a étendu l’autorisation de mise sur le marché de Dupixent® (dupilumab) de Sanofi dans l’Union européenne. Le médicament est désormais approuvé pour le traitement de fond additionnel de l’asthme sévère associé à une inflammation de type 2 chez les enfants âgés de 6 à 11 ans qui sont inadéquatement contrôlés par des corticoïdes inhalés à doses moyennes à élevées associés à un autre traitement de fond de l’asthme. La décision de la CE est fondée sur les données pivots de l’essai de phase III VOYAGE qui a évalué l’efficacité et la sécurité de Dupixent en association avec un traitement antiasthmatique standard chez 408 enfants présentant un asthme modéré à sévère non contrôlé.

Institutionnel       

Généthon rejoint le consortium américain Bespoke Gene Therapy pour le développement des thérapies géniques pour les maladies ultra-rares. Bespoke Gene Therapy (BGTC) a été lancé en octobre 2021 par la Fondation du NIH (National Institutes of Health). Le laboratoire français est la seule organisation européenne de ce consortium qui rassemble 31 acteurs des secteurs publics, privés et dont l’objectif est d’inventer le modèle et les technologies qui permettront aux maladies ultra-rares de bénéficier de la thérapie génique.

Les chiffres

27,32 Mds$

L’industrie mondiale de la biochirurgie qui a généré 11,42 Mds$ en 2020 et devrait atteindre 27,32 Mds$ d’ici 2030.

Source : Allied Market Research

46 Mds$

Le marché de la technologie des bioprocédés devrait atteindre 46 Mds$ en 2028 contre 24,3 Mds$ en 2020.

Source : Verified Market Research

885,52 M$

Le marché mondial des tests de santé intestinale et de la nutrition basés sur le microbiome humain – par produit évalué à 110,83 M$ en 2021 devrait atteindre 885,52 M$ d’ici 2030.

Source : InsightAce Analytic Pvt

4,3 Mds$

Le marché du séquençage métagénomique devrait atteindre 4,3 Mds$ d’ici 2027 contre 1,9 Md$ en 2022.

Source : Market&Research

 

En vue

Susanna Del Signore

Rejoint Alzprotect, au poste de Directrice Médicale (Chief Medical Officer). Le Dr Susanna Del Signore dispose de plus de 20 ans d’expérience dans l’industrie pharmaceutique et notamment dans le domaine de la neurologie. Elle a été chef de projet et Chief Medical Officer (CMO) dans le cadre de développement de médicaments en phase clinique I à III.

Charlotte Bamière

est nommée au Comité exécutif du Groupe Guerbet. Juriste et fiscaliste, Charlotte Bamière, a rejoint le groupe en 2011 et a pris en main la direction des Affaires Juridiques en 2016. Elle a joué un rôle clé lors de l’acquisition et de l’intégration en 2015 de l’activité « produits de contraste et systèmes d’injection » (« CMDS ») de Mallinckrodt.

Martin Grasse
Prend main la direction générale de la medtech Gradient Denervation Technologies. Martin Grasse a plus de 15 ans d’expérience dans le domaine de l’instrumentation médicale et son arrivée intervient alors que l’entreprise finalise le design de son cathéter endovasculaire en vue des premiers essais cliniques.

SAVANA, L’IA POUR OPTIMISER LA RECHERCHE

B+ c’est la série de 23 M€ bouclée cette semaine par Savana. Basée à Madrid, l’entreprise utilise l’intelligence artificielle pour collecter et analyser les données cliniques des hôpitaux du monde entier afin d’optimiser la recherche médicale. Le tour de table est donc international et comprend trois nouveaux investisseurs : Conexo Ventures, Knuru Capital et Aldea Ventures. Ils rejoignent les actionnaires existants, Seaya Ventures et Cathay Innovation qui participent aussi à l’opération. « C’est notre troisième tour après avoir effectué une série A et B. Tout cumulé, nous avons levé environ 40 M€ », commente Jorge Tello, dirigeant et co-fondateur de Savana aux côtés d’Ignacio Medrano, directeur marketing et d’Alberto Gimenez.

La moitié des Big pharma déjà clientes

Créée en 2014, l’entreprise a développé une double technologie. Le Savana Data Gatherer extrait d’abord les informations des différents hôpitaux. « Peu importe quel système les sites utilisent, le logiciel les prend tous en considération et récupère les données dans plusieurs pays et langues. Ensuite, les informations sont conservées, harmonisées et anonymisées au sein d’une seule et même base de données », explique Jorge Tello. C’est la seconde étape technologique qui se concentre sur la partie « natural language processing » et se charge de structurer du texte libre et des informations non ordonnées. Au final, cela donne une base de données « utilisée par 200 hôpitaux et 22 des 50 plus grandes entreprises pharmaceutiques mondiales », déclare le dirigeant. En Europe, Savana est présente en Espagne, Suisse, Belgique, Autriche, au Royaume-Uni et en France.

Son business model avec les hôpitaux en fait à la fois des partenaires et des clients. « La capacité d’extraire les informations est ce que nous offrons aux hôpitaux qui deviennent nos partenaires dans ce partage de données » indique le Pdg. S’ils désirent ensuite utiliser la technologie licenciée, Savana la leur fournit sous la forme d’un abonnement SaaS mais cela reste une activité minoritaire. En fait l’essentiel du business se réalise avec les pharmas et quelques CRO. « Une fois les bases de données créées, si quelqu’un veut collaborer avec ce réseau fédéré d’hôpitaux que nous accompagnons, ils doivent promouvoir une étude ou un registre. C’est de cette façon que des parties externes peuvent y avoir accès » précise-t-il

Base de données cliniques et moléculaires

Les fonds levés dans cette série B+, vont servir à enrôler davantage d’hôpitaux dans le réseau. « Bien qu’il n’ait pas besoin d’atteindre une taille démesurée, il doit encore grandir un peu. Nous souhaitons inclure d’autres centres de recherche réputés, et intégrer de nouveaux pays cibles », confie Jorge Tello. Par ailleurs, Savana qui a travaillé jusqu’ici avec des données cliniques issues de dossiers médicaux souhaite ajouter les données moléculaires (omiques), « Cela va nous permettre de passer de la phase 4 d’accès au marché à la découverte de nouveaux médicaments et l’identification de biomarqueurs. Nous allons mettre en place ces nouvelles stratégie avec nos 22 clients pharmas ».

VIVA ESPAÑA (Jorge Tello, Ignacio Medrano, Alberto Gimenez)

« Dans la course à la digitalisation et à l’IA dans la santé, l’Espagne n’était pas la première. Nous étions un peu en retard par rapport à d’autres pays comme le Royaume-Uni ou les pays de l’Est. Mais depuis quelques années, nous sommes en train de monter en puissance sur le sujet et le Machine Learning va devenir central dans la prise en charge des patients. La question de la confidentialité n’est pas claire. Cependant, il n’y a pas de doutes sur la façon dont les données doivent être traitées c’est-à-dire de manière confidentielle, alors que cela posait problème par le passé.  Ce que l’on doit faire en Espagne, comme ce que font déjà la France et le Royaume-Uni, c’est de prendre en compte l’importance de l’écosystème start-up. Par manque de connaissances dans le secteur, nous avons toujours en tête que les Big Tech ou les entreprises de consulting majeures vont pouvoir s’en occuper, mais ce n’est pas vrai. Comme toujours, ce seront les start-up qui vont faire la différence sur ces sujets de niche. Ce type de technologies de pointe très spécifiques doit être développé par des start-up spécialisées et de haut niveau ».

BREVETS : LA FRANCE TIENT SON RANG

L’innovation dans la recherche médicale a progressé de 3,8% en 2021 avec 31 958 brevets déposés auprès de l’Office européen des brevets (OEB). La croissance est tirée principalement par les demandes provenant des Etats-Unis et de l’Asie, tandis que l’Europe temporise après une excellente année 2020. En matière de technologies médicales, la Suisse fait néanmoins figure d’exception avec une hausse de 18% de dépôts.  Tandis que le Royaume-Uni se démarque dans les produits pharmaceutiques, en augmentant de 12% ses demandes de brevets. Pour sa part, la France demeure le 2e pays d’Europe le plus innovant derrière l’Allemagne dans la biotechnologie. Elle doit ce succès aux programmes de recherche de l’Inserm et du CNRS, mais également à sa big pharma nationale Sanofi ainsi qu’à un vivier de petites entreprises healthtech. Yann Ménière, l’économiste en chef de L’OEB nous commente le baromètre 2021.

BF : Quelle tendance observez-vous sur l’innovation en santé ces dernières années ?

 Yann Ménière : On constate au cours des 5 dernières années une tendance lourde d’augmentation des dépôts de brevets européens dans la santé, segment qui regroupe les tehchnologies médicales, la biotechnologie et les produits pharmaceutiques. Depuis 2016 les demandes dans la pharmacie ont augmenté de 54%, c’est la plus forte hausse par secteur, devant les technologies informatiques et numériques. Sur cette même période, les demandes dans la biotechnologie ont aussi cru de 39%. On peut y voir un effet COVID mais la dynamique haussière dans le secteur avait de toute façon commencé avant.

BF : Parvient-on à mesurer l’impact COVID ?

 Yann Ménière : Quand on analyse les chiffres au niveau mondial on observe certes des demandes de brevets dans les vaccins et les traitements thérapeutiques mais on se rend compte que cela reste minoritaire. L’univers COVID est beaucoup plus vaste, il intègre le diagnostic, les respirateurs, le matériel anti-viral de désinfection, le numérique…

BF : Qui sont les plus grands déposants de brevets européens en 2021 ?

 Yann Ménière : L’Inserm et l’université de Californie sont deux acteurs majeurs qui protègent leurs innovations en Europe. Contrairement à ce que l’on observe dans les autres secteurs où les universités spécialisées représentent 5% des demandes de brevets, la proportion de la recherche fondamentale est prépondérante dans la santé. En France, l’Inserm, Sanofi et le CNRS constituent le pôle principal d’innovation dans la biotechnologie et la pharmacie.

BF : Quelle place occupe la santé dans l’innovation française ?

 Yann Ménière : Les technologies médicales arrivent au 2e rang des demandes de brevets derrière le secteur des transports. La pharmacie et la biotechnologie aux 7e et 8e rang. Même si ce ne sont pas des domaines prépondérants, ils demeurent importants sachant que 2021 n’a pas été une année très performante pour l’innovation médicale française.

BF : Comment expliquez-vous ce ralentissement ?

 Yann Ménière : je n’ai pas de réponse précise mais cela est probablement lié à des micro-décisions locales. La place forte pour l’innovation dans ces domaines médicaux se situe en Rhône Alpes, or on constate une nette sous-performance de cette région l’an dernier, ce qui signifie que ce sont vraiment les acteurs principaux qui ont réduit la voilure. L’un des éléments d’explication réside dans le fait qu’il y avait une accélération des demandes de brevets en 2020 dans la pharmacie, 580 contre 472. Sans doute en réaction au COVID. Avec 482 dépôts en 2021, on retrouve une tendance plus classique.

BF : Les demandes de brevets de la Chine en biotechnologie s’envolent de 75%, qu’est-ce que cela implique ?

 Yann Ménière : D’abord c’est la première fois que les demandes de brevets émanant de l’Asie dépassent en nombre les Etats-Unis, tous secteurs confondus. Cela illustre un mouvement majeur. Le challenge pour l’OEB est de parvenir à correctement collecter l’art antérieur provenant de Chine, du Japon et de Corée pour vérifier la brevetabilité des inventions. Nous investissons beaucoup sur des systèmes intelligents de traduction et de recherche. Et il y a aussi une coopération internationale entre les plus grands offices de brevets sur ces questions. La Chine s’est d’ailleurs inspirée du modèle européen pour construire son système de brevet.

BF : Dans le contexte sanitaire et géopolitique, à quoi faut-il s’attendre en 2022 ?

 Yann Ménière : La dynamique de l’innovation va se poursuivre. D’une part parce qu’il s’agit d’investissements de long terme, peu dépendants de la conjoncture économique. Sauf bien sur si cela devient une crise financière, car à ce moment-là les décisions de R&D risquent d’être affectées. Mais nous n’en sommes pas là. Ensuite dans la situation de multicrise (COVID, conflit en Ukraine, transition climatique…) actuelle, nous nous trouvons face à des contraintes et l’innovation est une réponse à ces contraintes, notamment sanitaire et énergétique.

L’OFFICE EUROPÉEN DES BREVETS (OEB) EN BREF

Le dépôt de brevets

L’OEB permet d’obtenir une protection par brevet d’inventions techniques dans 38 États membres en Europe. Sa particularité réside dans le fait qu’il s’agit d’un office de second dépôt. Concrètement, les premiers dépôts de brevet sont effectués au niveau national une fois l’intérêt de l’invention confirmée, la demande parvient à l’OEB pour obtenir une protection internationale. Cela rend d’ailleurs difficile la comparaison des chiffres européens avec ceux de l’office américain ou du Japon qui eux reçoivent toutes les demandes de brevets, avec une proportion locale importante et beaucoup qui ne vont pas forcément très loin.

La durée de protection

Juridiquement la durée maximale de protection d’un brevet est de 20 ans à partir de la date de 1er dépôt. Dans la pratique, une fois le brevet délivré par l’OEB, il faut le valider et payer des redevances -généralement tous les ans – dans chaque pays d’Europe pour le maintenir en vigueur. Autrement, il tombe dans le domaine public. Heureusement le process particulièrement pénalisant pour les petites entreprises devrait se simplifier à la fin de cette année voire début 2023, avec l’introduction d’un brevet unitaire européen. Il n’y aura plus à l’avenir qu’un guichet pour payer les redevances, celui de l’OEB et qu’une seule cour de justice pour régler les litiges, dont le siège sera à Paris mais avec une branche à Munich.

Les bases de données

L’OEB tient à jour un moteur de recherche en ligne, Espacenet, qui permet d’accéder gratuitement à toute la littérature mondiale sur les millions de dépôts de brevets. A noter que tout demande de brevet est rendue publique qu’elle soit accordée ou pas. Cette plateforme permet des recherches par déposant mais aussi par domaine. Dans la lutte contre la COVID-19, pour aider les chercheurs à accéder aux informations contenues dans les documents relatifs aux brevets, l’OEB a mis en ligne Fighting Coronavirus.

Crise ou correction ?

Les biotechnologies US sont-elles entrées dans une phase de crise ? Et si oui, quel type de crise ? Financière, économique ou de confiance ? Un peu des trois, mon Général ! Il y a, seulement quelques semaines, Richard Murphey de Bay Bridge Bio nous interpelait dans son blog sur le fait qu’une grande majorité des investisseurs, qui avaient financé l’une des séquences les plus longues et les plus intenses d’IPO en biotechnologie, semblaient, l’épidémie de COVID se ralentissant, se désengager. Leur allocation dans les dossiers les plus risqués, les plus précoces a été réduite de moitié, sachant qu’elle avait été, auparavant multiplié par 3 entre le T3-2019 et le T4 2020. Un déclin vu aussi chez les venture capitalists US dont les investissements ont décru de près de 61% entre mars 2021 et mars 2022. Ainsi donc, ce désamour ne touche pas seulement les investisseurs en recherche d’une bonne aubaine, mais aussi les professionnels du secteur. L’environnement économique n’est certainement pas favorable avec une hausse potentielle des taux d’intérêts qui serait de mauvais augure pour le secteur. La bourse ne s’y est pas trompée, puisque depuis 2021, les indices biotech ont décrochés ave un peu d’anticipation que ce soit le « S&P 500 » Select Biotechnology (XBI -20%) ou le Nasdaq Biotech (IBB -18,7% pour 2021 et -19% pour le début de 2022). Et la confiance construite sur la crise sanitaire et les vaccins à RNA s’est étiolée avant de s’éloigner, puisque l’on ne compte plus les sociétés en phase de licenciement actif. Signe des temps, le site Fierce Pharma et ses différentes déclinaisons comptabilisent au jour le jour les sociétés qui licencient. Cette situation exceptionnelle à plus d’un titre n’a pas permis de construire un véritable momentum pour le secteur. Quelques sociétés seulement auront tirés leur épingle du jeu, celles travaillant sur l’ARN, les sociétés de diagnostics et bien entendu l’industrie pharmaceutique. La période d’euphorie avec son nombre impressionnant d’IPO aura eu un effet négatif sur l’ensemble du secteur, conduisant au marché des sociétés avec des produits en phases prématurées de développement et aux financements tout aussi précoces. Ce n’est certainement par hasard si tant de projets et de sociétés doivent conduire des plans de licenciement, dont certains consécutifs à des résultats et des évaluations cliniques décevants. Pour d’autres dosssiers, nous sommes face à une simple correction, sorte de point final naturel à un boom sans précédent d’environ une dizaine d’années, qui a vu le secteur croitre sans arrêt pour atteindre des valorisations rédhibitoires pour les opérations de M&A qui habituellement purgent le secteur : encore un élément de l’écosystème qui a évolué. Au final, la correction que nous voyons, le recul et le changement d’appréciation de la pandémie devraient conduire à une reprise des deals (affaiblissement des valorisation, besoins de compléter les pipelines de l’industrie…). Faut-il se plaindre de cet effet dynamique ?