mercredi 28 juillet 2021


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N°937-29-03-2021

40,60

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Description

EXTENS : ET de 3 FONDS DANS LA E-SANTÉ !

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021) Priorité à la rentabilité financière ! Extens affiche clairement son objectif. La société d’investissement co-fondée en 2014, par Arnaud Houette chef d’entreprise et Quentin Jacomet, financier, a été l’une des premières à miser sur l’ascension fulgurante de la santé numérique. Aujourd’hui c’est un pari gagné, puisque ses deux premiers fonds, Extens I et II, investis dans une quinzaine d’éditeurs français de logiciels santé affichent « des TRI de 35 % ». Ce succès couplé au boom de la télémédecine dans le contexte sanitaire que l’on connaît, ont incité l’équipe à réitérer l’exploit. Et pour son 3e fonds, Extens voit plus grand et plus loin.

Hard Cap de 100 M€

Le montant levé auprès de souscripteurs composés de mutuelles santé, de fonds de fonds et d’entrepreneurs, pourrait ainsi atteindre 100 M€. Le double du précédent ! La commercialisation a débuté fin 2020 et un premier closing est prévu cet été. Le portefeuille devrait compter au final une douzaine de participations, avec un ticket moyen d’investissement allant de 2 à 12 M€. La majorité des cibles seront françaises, même si le champs d’investigation pourra s’étendre aux pays limitrophes. « Nous les réaliserons aux côtés de fonds santé locaux », indique Arnaud Houette, managing partner.

Concernant les sociétés recherchées, là encore la feuille de route est claire. Il s’agit de small caps réalisant déjà un chiffre d’affaires, compris entre 2 et 25 M€, et à l’équilibre financièrement parlant, voire même bénéficiaire. « Nous nous intéressons à des modèles économiques éprouvés avec des enjeux de développement et de prises de part de marché à l’international », précise-t-il. À cela s’ajoutent, « un potentiel de croissance très important et un management de qualité »… Mais est-ce qu’un segment tout juste émergent comme la e-santé recèle suffisamment de projets matures pour répondre à ces attentes ? La question peut légitimement se poser. La réponse fuse directe et précise : « Oui. Il y a aujourd’hui 300 éditeurs de logiciels de santé en France dans la catégorie qui nous intéresse et plus de 1 000 en Europe », estime le dirigeant.

Six segments de marché

« Nous avons établi une cartographie de six sous-segments de marché que nous ciblons. Ils comprennent les métiers de l’hôpital (dossier patient, imagerie et analyse médicales…) ; l’informatisation des professionnels de santé installés en ville (médecins, infirmières, ephad, laboratoire…) ; la gestion des patients à domicile (maintien à domicile, coordination des soins, parcours thérapeutique…) ; les centres d’informations de santé grand public ; les logiciels et plateformes de données pour l’industrie pharmaceutique ; l’IA et les logiciels d’algorithmes axés sur l’interopérabilité », explique-t-il. Parmi ces filières, la crise COVID-19 a plus spécifiquement accéléré les innovations dans les domaines hospitalier, pharmaceutique et en télémédecine. « Beaucoup de start-up ont éclos, j’espère qu’on les verra bientôt arriver sur nos radars de modèle économiques » note Arnaud Houette.

Reste que dans l’édition de logiciels, la concurrence est rude, face notamment aux géants américains. Et les barrières à l’entrée de ces nouveaux marchés de la e-santé semblent assez perméables. « En réalité, les plus grands obstacles ne sont pas forcément technologiques. Il y a tout d’abord dans cette industrie du logiciel santé des contrats récurrents et annuels qui limitent le turn-over. Ensuite, la bonne connaissance des fonctionnements hospitaliers et des différentes spécialités thérapeutiques peut prendre des années à un nouvel entrant », observe le managing partner.

Au bout du compte, Extens accompagne en moyenne 4 à 8 ans les entreprises sélectionnées dans ses fonds, en tant qu’actionnaire majoritaire ou minoritaire, mais toujours présent au board. Pour la sortie, l’équipe privilégie l’adossement à des industriels, le private equity sous forme de LBO étant une autre option. « Notre tout premier investissement, Enovacom, a été racheté en 2018 par Orange Healthcare », rappelle-t-il.

MONDE       

Au Royaume-Uni, PrecisionLife rachète la société danoise d’analyse génomique GenoKey afin de poursuivre son expansion dans la médecine de précision basée sur l’IA. Les détails financiers de la transaction n’ont pas été divulgués. La plate-forme PrecisionLife, qui comprend une technologie développée avec GenoKey, permet d’obtenir des informations sur les gènes associés à la maladie, en tant que biomarqueurs et cibles pour la découverte de médicaments. Le modèle commercial de PrecisionLife est basé sur des partenariats avec d’autres entreprises et permet de créer un portefeuille d’actifs exclusifs dans le domaine des maladies chroniques.

Levée record à New-York dans la télé médecine. La société Ro réalise une série D de 500 M$ pour déployer sa plate-forme qui comprend des services de pharmacie en ligne, de télésanté et des soins à domicile. L’opération a été menée par les actionnaires existants General Catalyst, FirstMark Capital et TQ Ventures avec une participation significative de SignalFire, Torch et BoxGroup. De nouveaux investisseurs Altimeter, Baupost, Dragoneer, Shawspring, Radcliff et 776 ont également rejoint le tour de table. Depuis sa création en 2017, l’entreprise a levé 876 M$. Sur la base de cette série D, Ro serait évaluée autour de 5 Mds$. La société vise pour la suite le Nasdaq. L’un de ses concurrents Hims & Hers coté à Wall Street depuis janvier affiche une capitalisation boursière de 2,5 Mds$.

Aux États-Unis, le développeur de logiciels de détection des accidents vasculaires cérébraux, Viz.ai, boucle une série C de 71 M$. Le tour est codirigé par Scale Venture Partners et Insight Partners avec le soutien de Greenoaks, Kleiner Perkins, Threshold Ventures, CRV, Innovation Endeavors et Susa Ventures. Ce financement va permettre à la société de e-santé d’étendre ses programmes d’intelligence artificielle à d’autres domaines thérapeutiques comme les soins cardiovasculaires, pulmonaires et traumatologiques.

Les opérations de fusions-acquisitions dans la Medtech s’enchaînent outre-Atlantique. Cette semaine – Neogenomics a racheté le groupe informatique d’oncologie Trapelo Health pour 65 M$ et Seaspine a mis la main sur le spécialiste de la navigation chirurgicale robotique 7D Surgical basé à Toronto pour 110 M$ . Au total, il y a eu depuis le début de l’année, 23 opérations de ce type annoncées dans le domaine des technologies médicales, représentant un montant global de 15,8 Mds$.

COTE

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021) Advicenne (ADVIC) prévoit d’obtenir l’autorisation européenne de mise sur le marché de son principal candidat médicament, ADV7103 dans l’acidose tubulaire rénale distale (ATRd) « rapidement et, au plus tard, d’ici la fin du deuxième trimestre 2021 ». Dans le même temps, et pour éviter tout retard dans la mise à dispositon aux patients, la biotech spécialisée en néphrologie a pris la décision de retirer sa demande d’obtention de statut de médicament orphelin (ODD), lorsque l’Agence Européenne du Médicament l’a informée que des données complémentaires lui seraient demandées. L’autorisation de mise sur le marché fera d’ADV7103 le premier et le seul médicament approuvé dans cette pathologie chez les adultes, les adolescents et les enfants dès l’âge d’un an.

GenSight Biologics (SIGHT) lève 30 M€ en bourse via une augmentation de capital réalisée auprès d’investisseurs institutionnels européens et américains. La biotech a l’intention d’utiliser les fonds pour son produit phare LUMEVOQ en vue d’une demande de mise sur le marché aux États-Unis et du lancement de sa commercialisation. La somme collectée en bourse lui permettra aussi de préparer une étude de phase 3 avec son candidat GS030 dans le traitement de la rétinopathie pigmentaire et une phase 1/ 2 dans le traitement de la forme sèche de la dégénérescence maculaire atrophique liée à l’âge. GenSight Biologics estime être en mesure de financer ses activités au moins jusqu’ au second trimestre 2023.

Guerbet (GBT), publie des résultats positifs des deux études cliniques de phase 3 comparant l’efficacité diagnostique et la tolérance de son produit Gadopiclenol à celle du produit de référence Gadobutrol dans des indications couvrant le SNC et différents autres territoires anatomiques (tête et cou, thorax, abdomen, pelvis, système musculosquelettique). Gadopiclenol est un produit de contraste macrocyclique à haute relaxivité pour l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Au total, pour ces deux études, 560 patients ont été recrutés dans 13 pays et plus de 60 services hospitaliers d’imagerie médicale y ont participé. À la lumière des données obtenues, Guerbet prévoit des soumissions réglementaires aux États-Unis et en Europe dès début 2022 dans un large éventail d’indications chez l’adulte et l’enfant à partir de 2 ans.

Median Technologies (ALMDT) lève 28,1 M€ sur le marché, soit 8 M€ de plus que ce qui était envisagé face au succès du placement. L’augmentation de capital a été réalisée au prix de 11,50 € par action, soit une décote d’environ 4%. La dilution pour les actionnaires est de 16,7 %. Le montant levé, va permettre à la medtech de poursuivre les plans de développement clinique pour sa plateforme d’imagerie iBiopsy sur trois indications prioritaires : diagnostic précoce du cancer du poumon, du cancer du foie et de la NASH.

Abionyx Pharma (ABNX), conclut un partenariat avec GTP Biologics (groupe Fareva) et V-Nano (groupe VBI Therapeutics), spécialisées dans la production et la formulation de nanomédicaments biologiques. Grâce à cet accord, la biotech toulousaine va poursuivre la bioproduction de son candidat, CER-001 une biomolécule de très haute technologie reposant sur la biologie cellulaire. CER-001 fait l’objet d’une étude de phase 2a menée en Italie dans une maladie rénale ultra-rare en France. Des premiers essais cliniques avaient mis en évidence l’action du produit sur le retard de la dialyse et son impact sur les dépôts lipidiques de la cornée.

Genkyotex (GKTX), est parvenue à lever 5 M€ sur Euronext par augmentation de capital. Une partie de l’argent collecté servira à rembourser un prêt relais de 2,4 M€ accordé par le groupe suédois Calliditas Therapeutics, nouveau propriétaire de Genkyotex et controlant 86 % du capital à l’issue d’une OPA de 88 M€ lancée l’été 2020. Le solde devrait fournir à la biotech spécialiste des thérapies NOX les moyens nécessaires à son activité jusqu’au 30 juin 2021.

NON COTE 

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021)

Step Pharma boucle une série B de 35 M€. De nouveaux investisseurs Hadean Ventures et Sunstone Life Science Ventures ont co-dirigé le tour, rejoignant les actionnaires existants Kurma Partners, Pontifax et Bpifrance, qui ont réinvesti. La biotech développe de nouveaux médicaments pour l’oncologie et les maladies auto-immunes et espère avec ce financement faire avancer en clinique son principal candidat STP938, le premier inhibiteur CTPS1 de sa catégorie, pour le traitement des tumeurs malignes à lymphocytes T et dans d’autres hémopathies malignes et tumeurs solides.

INSTITUTIONNEL 

Le Centre d’études et d’expertises en biomimétisme (Ceebios) obtient un financement public de 2,2 M€ pour le développement de BiOMIg : sa plateforme d’innovation ouverte pour les matériaux bio-inspirés. Infrastructure mutualisée de recherche et d’innovation en biomimétisme, BiOMIg (Bio-inspired Materials Open Innovation Generator) vise à accélérer l’innovation responsable inspirée du vivant dans le domaine des matériaux biologiques. BiOMIg propose de lever ces verrous en mettant à disposition de toutes les filières des expertises et moyens scientifiques et techniques d’éco-conception biomimétique. Ceebios monte en parallèle de cette infrastructure technique, un consortium d’acteurs de l’industrie et de la recherche (publique et privée). Ce consortium compte déjà parmi ses membres fondateurs des entreprises comme L’Oréal, Rte, Mäder, Big Bang Project, ainsi que l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA).

Unicancer et Roche créent ensemble OncoDataHub (ODH), première plateforme française de référence pour accélérer la production et l’exploitation des données de vie réelle dans le cancer. L’objectif est de comprendre la prise en charge des patients en oncologie, identifier les besoins médicaux non-couverts et favoriser l’accès à l’innovation grâce à des données de vie réelle. ODH donnera ainsi l’opportunité aux médecins/chercheurs de mener des projets de recherche notamment sur la place des thérapies innovantes. Dans un premier temps une trentaine d’établissements participeront au projet sur les indications « cancer broncho-pulmonaire » et « cancer du sein métastatique », avec l’objectif d’atteindre 80 centres à 3 ans. Par la suite, le périmètre sera étendu à d’autres indications en oncologie. Les premières données d’ODH seront disponibles dès 2022.

Les chiffres

391 M€

Porté par la crise de la COVID-19 qui a confirmé l’émergence spectaculaire de nouvelles solutions, le secteur de la e-santé a représenté 391 M€ d’investissements en France en 2020, soit 7 % du total de la French Tech (source : Extens)

1,6 million

Nombre de personnes en France qui souffrent de troubles bipolaires, l’une des dix pathologies les plus invalidantes selon l’OMS. La journée mondiale des troubles bipolaires le 30 mars est l’occasion de rappeler qu’en moyenne, c’est 13 ans d’espérance de vie en moins pour les femmes et les hommes touchés (source : Fondation Fondamental)

10 millions

Nouveaux cas de tuberculose par an dans le monde. Avec 1,4 million de morts en 2019, cette maladie infectieuse bactérienne est la plus mortelle (devant le VIH). La dissémination croissante de souches tuberculeuses résistantes aux antibiotiques accentue la menace sanitaire. (source : GenoScreen)

Le francophone de la semaine

Sven Zimmerman, direction générale d’Inotrem

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021) Cuisine asiatique, vélo et une vraie passion pour Paris ! Sven Zimmerman, passé notamment par la direction financière de MetrioPharm, succèdera à Jean-Jacques Garaud le 19 avril prochain à la direction générale d’Inotrem. Animé d’un vrai sens du relationnel, ce cinquantenaire d’origine allemande mais maniant parfaitement la langue de Molière a fait, en entrant dans la biotech parisienne, le choix d’une équipe dont il apprécie les talents. « La qualité, l’expérience, l’expertise des personnes qui sont chez Inotrem est une donnée clef, » note Sven Zimmerman. Notre francophone de la semaine a trouvé par ailleurs un vrai terrain d’entente avec son prédécesseur Jean-Jacques Garaud qui poursuit de son côté la route dans l’entreprise qu’il a co-fondée en prenant en main la vice-présidence exécutive et la direction des affaires scientifiques et médicales. Un duo de choc pour tenir un planning plutôt chargé. Le principal candidat-médicament, d’Inotrem, nangibotide, fait en effet l’objet de deux études cliniques en Phase 2. L’une, ASTONISH, en Phase 2b traite 450 patients souffrants de choc septique à travers 50 sites en Europe et aux États-Unis. L’autre traite les formes sévères de la COVID-19 sur 60 patients à travers 7 sites à l’international. Cette dernière étude a été déclarée priorité nationale de recherche par le Gouvernement. Parallèlement, Inotrem déploie un programme anticorps pour le traitement des maladies inflammatoires chroniques et pour des applications en immuno-oncologie. Enfin, la biotech a aussi signé un accord de licence stratégique avec Roche Diagnostic pour un test diagnostique compagnon permettant de cibler les patients souffrants de choc septique les plus à même de répondre au traitement en développement.

En vue

Philippe Lyko

arrive chez DNA Script au poste de directeur financier. Cet ancien exécutif d’Illumina et d’Helix apporte une expérience approfondie des entreprises émergentes et établies du secteur des sciences de la vie. Il a notamment développé une expertise dans la structuration des fonctions financières pour les sociétés en forte croissance comme DNA Script.

Cédric Poisvert

est nommé associé en charge d’une nouvelle pratique en santé/pharma au sein du cabinet d’avocats Nomos. Il conseillera ainsi des laboratoires pharmaceutiques, des sociétés de biotechnologie, des fabricants de dispositifs médicaux, des fonds d’investissements, sur les aspects réglementaires, de recherche ou lors de contentieux.

Nathalie Laarakker

devient directrice financière d’Intravacc et entre au comité exécutif de direction. Avant de rejoindre la biotech néerlandaise spécialiste des vaccins, cette expert-comptable de formation dirigeait la biotech Gadeta, depuis 2018

GOLIVER, RÉGÉNÉRER LE FOIE POUR ÉVITER LA GREFFE

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021) Quand innovation rime avec révolution, tous les espoirs sont permis pour les patients. Fondée en 2017, par son actuel dirigeant Tuan Huy Nguyen, GoLiver est une spin-off de l’Inserm et de l’Université de Nantes. Grâce à une thérapie innovante qui lui permet à partir de cellules souches de régénérer le foie, la start-up espère sauver des millions de personnes en attente d’une greffe pour laquelle les demandes sont 10 fois supérieures à l’offre. Dans cet objectif, GoLiver vient d’obtenir, dans le cadre du « Plan de relance pour l’industrie », une subvention gouvernementale de 1 M€. À cela, s’ajoute une levée d’un montant équivalent réalisée auprès de familly offices. Au total ces 2 M€ vont lui permettre de débuter la production industrielle de lots cliniques en vue d’une première étude sur l’homme en 2022.

Lauréat du plan de relance

« Le travail sur l’innovation scientifique a mis plus de 12 ans à aboutir. Nous disposons désormais d’un produit contenant des cellules du foie, stable et de qualité, produites à partir d’une lignée souche qui peut nous approvisionner pendant un siècle ! Maintenant nous nous attaquons à l’innovation industrielle et ce n’est pas une mince affaire. Puisque nous sommes confrontés en tant que nouvelle thérapie et technologie de bioproduction aux mêmes obstacles que l’ARN Messager ou la thérapie génique il y a dix ans », explique Tuan Huy Nguyen. En l’absence de données cliniques et de modèle de production, les investisseurs manquent en effet de repère. « Nous avons mis au point, un procédé industriel révolutionnaire avec un cout de production le plus faible possible à raison d’une cellule souche pour 50 hépatocytes allogéniques produits », ajoute-t-il. Aujourd’hui, le candidat médicament se présente sous forme de solution injectable congelée. « Nous avons également souhaité être innovants dans ce domaine, afin de garantir le circuit le plus court possible pour administrer le traitement et limiter ainsi toute variabilité des cellules », précise le dirigeant.

Essai clinique en 2022

Au final tout est prêt pour tester le candidat sur l’homme. La biotech va investir une partie de sa subvention étatique chez son sous-traitant français afin de garantir les normes de bonnes pratiques de fabrication du médicament. Ensuite, la production de lots pilotes comprenant chacun 20 milliards de cellules sera lancée. Ces lots seront destinés à l’étude clinique de phase 1/2A qui devrait débuter l’an prochain à l’hôpital Paul Brousse auprès de 10 patients en attente urgente d’une greffe du foie, c’est-à-dire en survie. « Dans ces conditions nous saurons au bout d’une semaine si le malade a répondu au traitement (doses de 1 ou 2 milliards de cellules), et nous surveillerons ensuite son évolution », détaille Tuan Huy Nguyen. L’essai devrait durer 1 an minimum, avec en ligne de mire une mise sur le marché en 2026. Comme il s’agit d’une maladie rare, le délai pourrait même être plus court. « À l’heure actuelle une greffe du foie représente une dépense de 600 K€ aux États-Unis, notre médicament coûtera sans doute trois fois moins », assure-t-il.

Nouveau financement avant l’été

Reste que pour démarrer et réaliser cet essai clinique GoLiver doit encore trouver au moins 2 M€ supplémentaires. Son président espère que le soutien du Gouvernement à travers cette subvention lui servira de label pour attirer d’autres investisseurs. Si les fonds de capital-risque français et européens demeurent trop hésitants, il faudra se tourner vers des investisseurs asiatiques ou américains pour mener à bout son projet. « Nous avons en France une vraie carte à jouer, peu de pays sont capables de faire aussi bien en termes d’innovations scientifiques » rappelle Tuan Huy Nguyen avant de conclure : « je sais que cette nouvelle thérapie régénératrice sera un succès, la seule donnée que je ne contrôle pas c’est le temps, or le temps est compté pour les patients c’est ce que je voudrais rappeler aux investisseurs ».

Chiffres

Plan de relance pour la relocalisation de l’industrie

Depuis l’automne 2020, 65 projets de relocalisation industrielle ont été soutenus par le Gouvernement dans le cadre de son plan « France Relance », représentant un total de 268 M€. Près de 3 000 emplois industriels directs devraient ainsi être créés et 7 000 confortés.

1ère sélection en novembre 2020 :
31 projets lauréats bénéficiant d’un soutien global de 140 M€, dont 9 dans la santé (Seqens, laboratoire Aguettant, Affilogic, Carelide, Comex, Haupt Pharma, M2i Lifesciences, Rovipharm, Seppic)

 

2e sélection en février 2021 :

34 nouveaux projets lauréats, totalisant 128 M€ d’aides publiques, dont 16 dans la santé (Ademtech, C4Diagnostics, Coulot Décolletage, Delpharm, Biospeedia, DNA Script, Fab’entech, Fareva (2), Infiplast, Macopharma, RD-Biotech, Recipharm, Technoflex, Xenothera, Tronico)

Bioaster, une histoire de convictions

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021) « J’ai été impliqué dans la création de Bioaster en tant que président de Lyonbiopôle, une fonction que j’ai occupée de 2006 à 2017. Ce pôle de compétitivité avait déjà permis de structurer un écosystème entre PME, groupes industriels, organismes de recherche… Bioaster apportait une continuité logique.

L’appel à projet lancé dans le cadre du Programme Investissements d’avenir, en 2010, et auquel nous avons répondu, visait à donner un coup d’accélérateur à la recherche technologique en France, par la création d’instituts dédiés (les IRT).
Ce domaine est en effet indispensable au relai vers l’industrie, et donc à l’innovation. J’ai souhaité que l’IRT Bioaster soit centré sur la microbiologie et l’infectiologie, car c’est là le point de force lyonnais. Nous nous sommes aussi associés à l’Institut Pasteur de Paris pour constituer le premier cercle des fondateurs. Le projet a ainsi été retenu – seul sur la santé – et même parmi les mieux dotés.

Nous nous sommes aussi battus pour que Bioaster, qui a le statut de fondation de coopération scientifique, soit également organisme de recherche au sens de la communauté européenne. Un seul autre IRT l’est aussi : NanoElec, à Grenoble. Dans la santé comme dans les semi-conducteurs, désormais, même les plus grands ne peuvent lever seuls tous les verrous. Être organisme de recherche présente un intérêt en terme de gouvernance : nos administrateurs et fondateurs industriels (Institut Mérieux, bioMérieux, Sanofi, Danone, Boehringer Ingelheim…) n’interviennent pas dans le choix des projets. Ainsi, nous pouvons travailler avec les meilleurs – y compris eux-mêmes ou… leurs concurrents français ou étrangers. »

 

Quelques exemples de projets

 

Culturomique ciblée et suivi de la composition des microbiotes

La problématique : Les déséquilibres de microbiotes sont associés à de nombreuses pathologies et à une réponse variable aux traitements. L’une des voies explorées est de complémenter, voire de remplacer, un microbiote appauvri.

Le projet : Sur la base de la cytométrie en flux, Bioaster, a développé des technologies d’évaluation rapide de la composition des microbiotes, ainsi que de tri et de culture ciblée d’espèces bactériennes d’intérêt. Ces outils ont été utilisés dans une thèse conduite avec MaaT Pharma, une start-up mettant au point une solution thérapeutique par transplantation de microbiome fécal reconstitué. Ils intéressent aussi de nombreux autres acteurs.

Perspectives : Bioaster développe de nouveaux outils et méthodes de marquage devant permettre de cultiver de nouvelles espèces commensales d’intérêt repérées – grâce aux études de séquençage métagénomique – et de stratifier de façon simple et rapide les individus en fonction de leur microbiote.

 

Antiobiorésistance : évaluation de solutions thérapeutiques

La problématique : Les bactéries organisées en biofilm sont particulièrement résistantes aux antibiotiques conventionnels, ce qui entraîne un taux élevé d’échec des traitements. Les enjeux sont de comprendre les mécanismes de formation de ce biofilm et les conditions de sa dénaturation.

Le projet : Avec la SATT Pulsalys et des PME françaises – comme Biofilm Pharma, à Clermont-Ferrand – et étrangères, Bioaster a co-développé des technologies qui permettent de reconstituer le biofilm en se rapprochant de conditions physiologiques (approches de screening statiques ou dynamiques) et de déterminer des modes de dénaturation via une approche multi-omique. Des modèles in vitro mimant un environnement pathologique donné permettent de démontrer ou d’optimiser ces solutions.

Perspectives : Chaque partenaire pourra utiliser ces technologies pour développer des solutions thérapeutiques prophylactiques ou curatives.

 

Qualification de tests diagnostiques et validation clinique de la réponse anticorps

La problématique : La pandémie de Covid-19, inédite, nécessite de qualifier des tests diagnostiques et d’étudier la réponse anti-corps à cette infection.

Le projet : La Foundation for Innovative New Diagnostics (Find), organisme à but non lucratif qui évalue pour l’OMS de nouvelles technologies diagnostiques, a sollicité Bioaster avec deux objectifs. Le premier est d’évaluer les performances diagnostiques d’une sélection de tests rapides sérologiques commerciaux, avec un panel d’échantillons cliniques collectés en France et aux États-Unis. Le second est d’étudier l’intensité, le pouvoir neutralisant et la durée de la réponse anticorps chez des patients présentant diverses formes du SARS-CoV-2, au travers d’un suivi clinique longitudinale de 10 mois.

Perspectives :  L’étude de performance des tests diagnostiques a permis à Find de renforcer ses recommandations à l’OMS pour l’utilisation de ceux-ci.

Comment faire sauter les verrous technologiques ?

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021) Directeur général de Bioaster depuis le 30 novembre 2020, Xavier Morge porte le plan d’action 2020-2025 de l’IRT. Au programme : renforcement des liens avec les partenaires actuels pour de nouveaux projets, mais aussi diversification des collaborations, notamment avec les start-ups et autres PME de santé. Il explique ici en quoi Bioaster sécurise les risques liés à l’innovation, en les partageant.

BiotechFinances – Quels sont les champs d’intervention de Bioaster ?

Xavier Morge : Dans nos champs, qui sont la microbiologie et l’infectiologie, nous avons quatre programmes. Un premier sur les vaccins car l’enjeu est critique, on le voit particulièrement avec la Covid-19. Un deuxième sur les anti-microbiens, car l’émergence de bactéries multi-résistantes pose un grave problème de santé publique, en particulier dans le traitement des infections nosocomiales. Un troisième programme porte sur les bio-marqueurs, car une médecine personnalisée implique d’être en capacité de prédir l’évolution d’une maladie pour un patient donné. Enfin, nous sommes allés sur le champ du microbiome, parce qu’il y a d’importants enjeux d’évaluation de la composition des microbiotes. Ceux-ci sont explorés comme des leviers potentiels de diagnostic précoce et de suivi de l’évolution des maladies, mais aussi de prévention et d’amélioration de la réponse aux traitements.

BF – Quelle est la spécificité de votre intervention sur ces sujets ?

Xavier Morge : Certains peuvent nous percevoir comme des concurrents de sociétés faisant de la prestation pour compte de tiers – les CRO. Nous sommes en réalité complémentaires. Le terme qui nous qualifie le mieux est « innovation ouverte » : nous sommes là pour fédérer des partenaires qui, dans leurs domaines d’application respectifs, ont besoin de faire sauter un même verrou technologique. Chacun investit sur un projet monté en ce sens (ainsi moins cher pour tous) et repart avec les résultats utiles pour son domaine. Pour les bio-marqueurs, par exemple, l’un peut être sur le diagnostic, un autre sur la santé humaine et un troisième sur la santé vétérinaire. Il peut même arriver que certains soient concurrents, mais d’une part chacun ne connaît que les éléments du programme dans lesquels il est impliqué, et d’autre part la différenciation sur le marché se fait in fine sur la qualité des produits.

Nous connaissons les industriels et les technologies, mais aussi les verrous technologiques. C’est ce qui nous positionne différemment d’un prestataire : nous sommes dans la co-conception. Par ailleurs, dans nos champs d’intervention, il y a des découvertes tous les jours. A ce rythme, tout ne peut pas être utilisé par tous. Les industriels s’appuient sur nous pour faire leurs choix.

 

BF – Comment se déroule concrètement un projet ?

Xavier Morge : La feuille de route stratégique et scientifique, définie avec nos fondateurs et d’autres acteurs privés et publics, détermine nos domaines d’intervention. Notre recherche, en effectuant des pré-validations, en apportant des preuves de concept, etc, nous permet de développer des « briques » technologiques nécessaires, que nous confrontons au besoin des industriels. Le plus souvent, une opportunité de projet commun voit le jour. Nous définissons alors avec différents partenaires, les étapes à suivre, les « briques » technologiques restant à développer, le temps nécessaire, etc. À partir de cela, nous signons la collaboration.

Bioaster apporte ainsi l’architecture de conception, la maitrise d’oeuvre et la réalisation. Mais la première étape – de définition de ce que l’on va faire et de ce que chacun va apporter – est cruciale, car nous prenons les risques technologiques. La conception du projet consiste donc aussi à les évaluer, à imaginer des solutions alternatives…

BF – Quels sont ces risques et comment y faites-vous face ?

Xavier Morge : Le premier est que l’hypothèse de départ ne puisse être démontrée. Il est accepté par tous, car inhérent à notre activité et, plus généralement, à la recherche en biologie. Mais d’autres concernent l’exécution : une durée rallongée par des difficultés ou un niveau de performance atteint différent de l’attendu… Cela a par exemple été le cas pour les tests de diagnostic de la COVID-19, dont on a découvert qu’ils n’étaient pas discriminants pour un variant. Derrière tout cela, il y a bien sûr un sujet financier. Mais l’excellence scientifique se mesure également par la capacité à évaluer les risques et à mettre en place des plans d’atténuation.

Notre équipe est composée de chercheurs et ingénieurs (en biotechnologies, intelligence artificielle, informatique, bio-statistique, etc.), ainsi que de techniciens de laboratoire. Elle a une expertise scientifique (dans les programmes) et technique (dans la réalisation des plateformes technologiques), mais aussi en analyse économique de risque, en suivi… Cette ingénierie de projets, mais aussi et surtout la prise de risque sur les technologies, constituent notre raison d’être. Nous investissons sur des « briques » technologiques et gardons la propriété des brevets que nous déposons sur celles-ci, afin de les valoriser ensuite auprès d’autres industriels.

BF – Quelle est votre stratégie auprès des PME ?

Xavier Morge : Nous voulons travailler davantage avec ces acteurs. Une première catégorie de PME peut être concernée : celles qui développent des solutions diagnostiques ou thérapeutiques innovantes et qui ont besoin d’être accompagnées pour la mise sur le marché. Cela a déjà été le cas de MaatPharma, qui travaille sur le microbiome (lire l’encadré).

Mais il peut aussi s’agir de CRO, soit pour concevoir ensemble un programme plus ambitieux que ce qu’elles feraient seules, soit pour co-investir dans une brique technologique dont elles ont besoin. Dans ce cas, nous leur transférons ensuite les droits.

Les projets avec les PME peuvent, comme ceux des grands groupes, impliquer plusieurs partenaires, mais plus rarement. Ils sont d’une dimension moindre et leur maturation dure moins longtemps. Les PME ne pouvant se permettre un temps trop long, nous nous y adaptons.

 

Bioaster en chiffres

105 salariés

93 partenaires industriels
et 54 académiques

250 contrats de recherche

18 brevets déposés dont 7 en 2020

20 M€ de budget en 2021 (16 M€ en 2020)

En 2021 Bioaster devrait atteindre, pour la première fois, l’équilibre financier grâce à ses financements publics et privés. Pour la période 2020-2025, il est prévu que les financements de l’ANR diminuent jusqu’à 33%.

 

AstraZeneca : y aura-t-il un post-Covid ?

(BIOTECHFINANCES N°937 Lundi 29 mars 2021) Alors que la question est sur toutes les lèvres à travers le monde entier : « Comment sera la vie après le déconfinement ? » Pour certains, ce sera d’abord un bon déjeuner entre amis au restaurant, pour d’autres, ce sera une séance de cinéma ou une pièce de théâtre. Mais actuellement, il y fort à penser que la vie post-déconfinement est le moindre des soucis de Pascal Soriot, le PDG d’AstraZeneca. Peut-être même, est-il un peu angoissé de se projeter à la fin d’une crise qui pourrait sonner pour lui l’heure des comptes face aux actionnaires. En effet, depuis plusieurs mois, AstraZeneca fait un peu figure d’épouvantail au sein de l’industrie pharmaceutique mondiale. Les problèmes s’accumulent, les soucis s’empilent et les ratés ne se comptent plus. Le dernier problème a été soulevé par le DSMB (Data and Safety Monitoring Board) de l’Institut des maladies infectieuses (NIAID) du NIH états-unien qui s’est fendu d’un communiqué de presse dans la nuit du mardi 23 mars évoquant l’utilisation par le laboratoire anglais de données pas pertinentes (obsolètes) pour enregistrer son vaccin anti-Covid. Après cette déclaration du DSMB indépendant, qui a priori ne statue pas essentiellement sur les données médicales mais aussi sur les procédures, la confiance a été encore plus écornée. Car cette affaire de données « obsolètes » plus des résultats de l’étude américaine, qui poussent à une révision de l’efficacité qui passerait ainsi de 79 % à 76 % sont autant d’éléments qui pourrait bien repousser l’enregistrement du vaccin par la FDA. On peut aussi être surpris qu’un laboratoire de la taille et de la réputation d’AstraZeneca ne soit pas en mesure de répondre immédiatement aux demandes du DSMB. Peut-être cette hésitation ou cette triste pagaille est-elle à mettre au compte de l’accumulation de déboires (erreurs de dosage dans la préparation des essais cliniques, communication désastreuse, effets secondaires en cascade, soucis de production et de livraison, suspensions et reprises de la vaccination dans plusieurs pays européens), qu’a connu le laboratoire et qui mériteraient la mise en place d’une vraie data room. Toutefois, les doutes s’accumulent : sommes-nous face à une conjonction néfaste où le sort s’acharnerait sur un AstraZeneca innocent ou faut-il y voir autre chose d’un peu moins innocent ? Ou alors est-ce cette exacerbation de la concurrence qui aurait poussé le laboratoire à être moins vigilant. Une chose est sure, les actionnaires d’AstraZeneca doivent vivre très mal cette valse-hésitation autour d’un produit qui aurait dû replacer le laboratoire au centre de la galaxie pharmaceutique et qui par la force centrifuge de ses aléas est en train de s’éloigner vers les limbes.