mardi 26 janvier 2021


Retour au kiosque

N°925-25-12-2020

40,60

Catégorie : Étiquette :

Description

AB SCIENCE, L’INNOVATION à TOUT PRIX

(BIOTECHFINANCES N°925 Lundi 21 décembre 2020) Bien parti ! AB Science a publié cette semaine des résultats positifs dans la maladie d’Alzheimer avec son principal candidat médicament. « Nous avons travaillé 19 ans pour démontrer que notre hypothèse scientifique était valide. Aujourd’hui nous avons une première preuve que le Masitinib est efficace dans cette maladie qui concerne 15 % des plus de 80 ans » se réjouit Alain Moussy, son président fondateur. La Bourse a salué la nouvelle, l’action AB Science s’est envolé à Paris de plus de 50 % et sa capitalisation a atteint 700 M€.

Pour traiter cette pathologie complexe qui affecte 15 millions de personnes dans le monde, la biotech est partie dans une toute autre direction que ses concurrents. La recherche s’est concentrée jusqu’ici sur des molécules agissants sur la protéine tau et les plaques de bêta-amdyloïde. Sans grand succès d’ailleurs, au regard des revers cliniques accumulés ces dernières années par des géants comme Lundbeck, Takeda, Merck, Janssen, AstraZeneca ou Eli Lilly. Dernier candidat en date, l’Aducanumab de Biogen attend le verdict de la FDA après avoir reçu un avis négatif du panel d’experts.

En première ligne dans Alzheimer

Pour sa part, AB Science a développé une approche thérapeutique basée sur la neuro-inflammation. « Nous avons émis l’hypothèse que deux cellules, les microglies et les mastocytes, étaient fortement impliquées dans la maladie et avons par la suite découvert que ces dernières jouaient un rôle important sur les troubles de la mémoire », explique Alain Moussy son président fondateur. Les données de l’étude de phase 2b/3 réalisée auprès de 718 patients présentant une démence légère à modérée, confirment qu’AB Science semble sur la bonne voie thérapeutique. Le Masitinib administré en complément des traitements de référence de la maladie, un inhibiteur de cholinestérase (donépézil, rivastigmine ou galantamine) et/ou de la mémantine, a généré un effet « statistiquement significatif » sur le critère principal, à savoir la cognition et la mémoire (ADAS-Cog). L’effet s’est avéré également significatif sur l’autonomie et les activités de la vie quotidienne des patients (critère ADCS-ADL). Ces données sont comparées dans l’étude à celles obtenues dans le bras placebo qui regroupait des malades recevant les traitements de référence sans Masitinib.

Les résultats ont été salués par Bruno Dubois, professeur de neurologie à l’Institut neurologique de l’Hôpital universitaire de la Salpêtrière à Paris et investigateur coordinateur de l’étude. Selon lui, « le fait que le Masitinib puisse réduire de manière significative la proportion de patients atteignant le stade de la démence sévère est particulièrement intéressant ».

AB Science a donc des raisons d’être confiante sur son « traitement de 1ère ligne de la maladie d’Alzheimer ». L’entreprise a d’ailleurs déposé une nouvelle demande de brevet sur la base de ces résultats afin de conserver les droits exclusifs sur Masitinib dans cette indication jusqu’en 2041. Quant à l’étude clinique confirmatoire, elle débutera l’année prochaine et devrait se terminer en 2023. En cas de résultats positifs, la biotech demandera dans la foulée une autorisation de mise sur le marché.

À ce planning déjà chargé, viennent s’ajouter sept autres programmes late-stage. « Le Masitinib est testé cliniquement dans huit indications, dont six sont en phase 2b/3 », indique Alain Moussy. En oncologie, des données encourageantes ont été publiées il y a dix jours dans le cancer du pancréas et les résultats pour le cancer de la prostate sont attendus au 1er trimestre 2021. En parallèle, dans le système nerveux central, AB Science devrait lancer une étude confirmatoire l’année prochaine pour traiter la sclérose en plaques. Un essai pivot devrait également débuter dans la mastocytose, une maladie inflammatoire.

Son président envisage de mener le tout de front. Une stratégie de développement qui n’a pas toujours été bien comprise, par les agences règlementaires ou par les investisseurs en raison notamment des risques élevés qu’elle comporte. Reste que l’entreprise a pu compter sur des actionnaires fidèles, fortunes privées au début, financiers ensuite, pour l’accompagner. Aujourd’hui avec un prêt à venir de la BEI de 30 M€ et un programme d’émissions de titres avec Alpha Blue Ocean de 38 M€, AB science estime sa trésorerie suffisante pour démarrer ses programmes cliniques clés.

COVID-19    

CureVac commence un essai pivot mondial de phase 2b/3 pour son candidat vaccin COVID-19, à base d’acide ribonucléique messager (ARNm). La biotech allemande cotée au Nasdaq, a recruté le premier participant d’une étude qui devrait inclure plus de 35 000 personnes en Europe et en Amérique latine. Cet essai évaluera l’innocuité et l’efficacité du vaccin chez l’adulte à une dose de 12 µg.

Theradiag (ALTER), annonce la publication d’une étude conforme aux exigences de la Haute Autorité de Santé (HAS) mettant en exergue la qualité des tests antigéniques qu’elle commercialise. L’étude, menée par le laboratoire de virologie du Centre Hospitalier Universitaire d’Amiens du 18 octobre au 27 novembre, a comparé le test antigénique Certest distribué par Theradiag à celui de référence RT-PCR pour la détection de la COVID-19. Les résultats de l’étude ont validé la sensibilité et la spécificité des tests Certest pour des patients à charges virales élevées et très élevées. Cette validation constitue un prérequis pour pourvoir rester sur les listes de la Direction Générale de la Santé (DGS).

COTE

Dix mois après sa première offre Alphatec Holdings revient avec un nouveau projet d’OPA sur EOS Imaging (EOSI). La medtech américaine cotée au Nasdaq avait de manière unilatérale renoncé à l’acquisition de l’entreprise française spécialiste de l’imagerie médicale en avril. À la suite de ce revirement, l’affaire portée sur le terrain judiciaire suivait son cours. Alphatec revient donc à la charge avec une offre à 2,45 € par action contre un prix de 2,8 € lors de son projet initial. La prime pour les actionnaires d’Eos, par rapport aux derniers cours de bourse, s’élève néanmoins à 41 %. La crise sanitaire et le manque de visibilité sur l’avenir d’Eos ont en effet pesé sur le titre cette année. In fine, Alphatec propose d’acquérir la medtech française pour 65 M€ c’est 10 millions de moins qu’en début d’année mais 20 millions de plus que ce qu’offre aujourd’hui le marché.

« En raison des conditions de marché », Cellectis (ALCLS) renonce à son émission de titres nouveaux en vue de lever 100 M$ au Nasdaq. La biotech spécialisée en immunothérapies fondées sur des cellules CAR-T allogéniques ingéniérées (UCART), estime qu’il n’est pas dans le meilleur intérêt de ses actionnaires d’augmenter son capital dans les conditions actuelles. Cellectis dispose d’une trésorerie suffisante pour « financer ses programmes clés jusqu’en 2022 », la levée de fonds lui aurait permis d’allonger d’une année sa visibilité financière.

Calliditas Therapeutics détient à l’issue de son OPA, 86 % du capital et des droits de vote de Genkyotex (GKTX). Le laboratoire suédois avait acquis le 3 novembre 62 % du capital de la biotech française auprès d’un groupe d’actionnaires.

  Nanobiotix (NANO) a finalement levé 113,1 M$ (92,3 M€) lors de son IPO vendredi au Nasdaq. À cette occasion, 8.395.000 actions ont été émises ce qui représente un peu plus de 30 % du capital. La biotech spécialisée en nanomédecine estime désormais sa trésorerie suffisante pour financer son activité jusqu’au milieu du second trimestre 2023.

Poxel (POXEL) annonce des résultats positifs supplémentaires pour son étude de phase 2a pour son candidat PXL770, un activateur direct de l’AMPK dans le traitement de la NASH L’étude de 12 semaines a été menée chez 120 patients susceptibles d’être atteints de NASH avec ou sans diabète de type 2. De nouveaux résultats mettent en évidence une réponse au traitement plus importante chez les patients atteints de diabète de type 2, une sous-population à haut risque, qui représente environ 50 % des personnes atteintes de NASH. Chez ces patients traités par le PXL770, des améliorations significatives ont ainsi été observées pour la teneur en graisse du foie, les enzymes hépatiques ALAT (alanine aminotransférase) et ASAT (aspartate aminotransférase), la glycémie à jeun, et le taux d’hémoglobine glyquée (HbA1c). La biotech lyonnaise prévoit de mener une étude de phase 2b auprès d’un maximum de 120 patients atteints de NASH confirmée par biopsie et prédiabétique ou diabétiques de type 2. Le critère d’évaluation principal mesurera la résolution de la NASH sans aggravation de la fibrose.

  Erytech Pharma (ERYP) finalise le recrutement de sa phase 3 pour son candidat Eryaspase dans le traitement en seconde ligne du cancer du pancréas. Au total, 510 patients ont participé à cette étude qui a récemment atteint le nombre d’événements requis pour l’analyse intermédiaire d’efficacité. Ces résultats intermédiaires devraient être publiés au 1er trimestre 2021. Ensuite soit l’étude se poursuivra en vue d’une analyse finale, prévue au 4e trimestre 2021, soit elle sera interrompue pour cause de supériorité, dans le cas où le principal critère de survie est atteint en ayant démontré une amélioration significative de la survie globale (OS). Dans ce dernier cas la biotech qui développe des thérapies innovantes en encapsulant des médicaments dans les globules rouges prévoit de déposer une demande d’autorisation réglementaire aux États-Unis et en Europe au 2e semestre 2021. Cette année, la FDA a accordé à Eryaspase la désignation Fast Track comme traitement potentiel en seconde ligne des patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique.

NON COTE 

NovAliX, annonce un financement de 5,3 M€ pour sa plateforme de chimiothèques codées par ADN (DNA-Encoded Library – DEL). Parmi les investisseurs, Bpifrance et la région Grand Est apportent 2 M€ dans le cadre de leur programme d’aide à la recherche, au développement et à l’innovation. La plateforme de la société de recherche sous contrat (CRO) a été implantée à Strasbourg dans le cadre d’un accord de coopération technologique conclu en 2020 pour une durée de huit ans avec un groupe pharmaceutique.

CTRS, a réalisé une opération d’OBO (Owner Buy-Out), au cours de laquelle Mérieux Equity Partners est entré au capital. Le laboratoire qui développe des traitements contre des maladies rares issus de la recherche académique souhaite s’internationaliser, et vise l’Asie et les Etats-Unis.

MONDE       

Après une énième rencontre avec la FDA, Gilead, le partenaire de Galapagos, a décidé d’abandonner le dossier de demande de mise sur le marché américain du filgotinib pour le traitement de l’arthrite rhumatoïde. Il s’agit du produit phare de la biotech belge. Les deux partenaires ont revu les termes de l’accord : Galapagos développera et commercialisera seul en Europe le filgotinib dans cette indication et dans d’autres à venir et recevra 160 M€ de Gilead pour soutenir les efforts de marketing. De son côté, le laboratoire américain percevra des royalties sur les ventes en Europe du filgotininb et conservera les droits commerciaux hors Europe, incluant le Japon où le produit a été récemment approuvé.

En Espagne, Le candidat phare de Minoryx Therapeutics, le Leriglitazone montre un bénéfice clinique à la suite d’une étude de preuve de concept de phase 2 dans l’ataxie de Friedreich, une maladie orpheline. Cet agoniste sélectif des PPARγ, améliore en effet les biomarqueurs liés à la maladie et à l’ataxie. La biotech spécialisée dans les troubles orphelins du Système Nerveux Central (SNC) va entamer des discussions avec la FDA et l’EMA pour concevoir une étude confirmatoire supplémentaire. Dans cette indication, Minoryx s’est déjà vu octroyé pour le leriglitazone le statut de médicament orphelin par les deux agences ainsi que la désignation de maladie pédiatrique rare par la FDA.

INSTITUTIONNEL 

Une nouvelle agence de recherche sur les maladies infectieuses émergentes verra le jour, au sein de l’Inserm, au début du mois de janvier 2021. Au sein de l’Inserm, en lien avec les partenaires de l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), les missions de la nouvelle agence seront articulées autour de trois grands axes : la coordination de la recherche scientifique, la mise en place d’un processus fluide d’autorisations réglementaires pour les recherches sur la COVID-19 et sur les maladies infectieuses émergentes, et le soutien des laboratoires et infrastructures de recherche. Les activités de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) de financement et de coordination de la recherche sur le VIH-Sida, les IST et les hépatites virales seront intégralement reprises par la nouvelle agence. Pour faciliter sa mise en place, un budget de lancement sera alloué par le MESRI dès décembre 2020.

Dans son 3e rapport d’analyse prospective du système de santé, la HAS appelle à une prise de conscience collective de la nécessité de considérer les questions de sexe et de genre pour mieux soigner et accompagner les personnes et ne pas aggraver les inégalités en santé. Elle incite les pouvoirs publics et acteurs de terrain à se préoccuper des effets du sexe et du genre notamment dans les essais cliniques et plus largement dans la recherche médicale et rattraper ainsi le retard de la France sur ces questions.

Les chiffres

3,9 Mrds€

Montant du marché mondial des gènes CRISPR et Cas d’ici 2027 avec un taux de croissance de 16,7 % de 2020 à 2027 (source Polaris Market Research).

776 M€

Montant total des levées de fonds effectuées à l’international dans le domaine des maladies neurodégénératives par des sociétés de biotech au cours des 6 derniers mois. (Source BiotechFinances)

1,7 million

Nombre de cas annuels de septicémie aux États-Unis entraînant environ 270 000 décès. Les coûts associés à la septicémie en ferait la maladie la plus chère traitée dans les hôpitaux américains. (source : ResearchAndMarkets.com)

62,93 Mrds$

Montant du marché des médicaments contre la polyarthrite rhumatoïde en 2027. Il était de 58 Mrds$ en 2019. (source : ResearchAndMarkets.com)

 Xavier Morge

devient directeur général de l’Institut de Recherche Technologique BIOASTER. Il succède à Nathalie Garçon qui souhaite se focaliser aujourd’hui sur ses responsabilités de directrice scientifique de la fondation. Docteur en pharmacie, Xavier Morge a démarré sa carrière en qualité de chercheur-Ingénieur au CEA. Il a co-fondé SPI-Bio devenue en 2010 Bertin Pharma puis reprise par Oncodesign.

Chantal Le Chat

est nommée membre indépendant du Comité stratégique de Robocath. Forte d’une experience de 35 ans chez GE Healthcare, elle contribuera à la gouvernance de la société spécialiste des solutions robotiques pour le traitement des maladies cardiovasculaires.

Michel Thérin  

rejoint le conseil d’administration de Tissium en tant qu’administrateur indépendant. Michel Therins est par ailleurs président des thérapies avancées chez Siemens Healthineers.

Jacquelien Ten Dam 

entre au conseil d’administration de Mauna Kea Technologies en tant qu’administratrice indépendante. Elle a travaillé en M&A dans le secteur de la santé avant de prendre la direction financière de Mimetas, une entreprise qui développe des modèles prédictifs 3D pour la découverte de médicaments. 

La francophone de la semaine

Deniz Dalkara, directrice scientifique de Gamut Therapeutics

(BIOTECHFINANCES N°925 Lundi 21 décembre 2020) Passionnée par la thérapie génique et la vision, notre francophone de la semaine, Deniz Dalkara, est docteur en biologie moléculaire et cellulaire. Elle collectionne les titres et multiplie les publications scientifiques : un véritable trajet d’excellence. Chercheuse Inserm, chef d’équipe et chercheur en thérapie génique oculaire au sein de l’institut de la vision, elle a pris en main la direction scientifique de Gamut Therapeutics. Cette jeune entreprise fait l’actualité.  Elle se focalise sur le traitement des patients atteints de rétinite pigmentaire à un stade avancé, développe un premier projet visant à restaurer leur vision et vient de bénéficier d’un financement d’amorçage auprès d’Advent France Biotechnology (ndr. montant non divulgué). Dans le cadre de la démarche d’accompagnement entrepreneurial du fonds, Geoffroy de Ribains, l’un des operating partners d’AFB, a été nommé PDG de Gamut therapeutics. Les fonds levés vont permettre d’avancer dans la sélection du candidat pré-clinique, qui devrait intervenir avant deux ans. « Au cours de ces prochains 18 mois nous allons lever tous les obstacles imaginables pour passer de la souris vers l’homme » confie Deniz Dalkara. « Nous disposons à l’Institut d’une technologie qui nous permet d’avancer avec beaucoup de sécurité par le biais des organoïdes rétiniennes humaines. Ces mini rétines humaines vont nous permettre de vérifier que ce que nous avons constaté chez le petit animal est transposable à l’homme et déverrouiller la suite du projet ». Une étape qui sera menée avec Olivier Goureau, directeur de recherche Inserm à l’Institut de la Vision, récipiendaire du Prix La Recherche 2019 et également co-fondateur de Gamut Therapeutics.

Innoksel, 20 M€ contre les troubles squelettiques

(BIOTECHFINANCES N°925 Lundi 21 décembre 2020) La crise COVID-19 ralentit les process ou les accélère selon les cas. Pour Innoksel, un spin-off issu de l’Inserm, les deux se sont produits. La constitution en 2020 de la start-up a pris plusieurs mois de retard. Puis tout s’est accéléré, la création en septembre suivie d’un premier tour de financement cette semaine qui s’apparente davantage à une série A qu’à un seed au regard du montant en jeu : 20 M€. Jeito Capital a mené cet investissement aux côtés du fonds américain Vida Ventures et avec le soutien du groupe Turenne.

La présidente fondatrice d’Innoksel, est aussi la scientifique à l’origine du projet. Cheffe d’équipe à l’institut de biologie Valrose à Nice, Elvire Gouze travaille en effet depuis quatre ans au développement de biothérapies innovantes contre les dysplasies squelettiques. Sa rencontre cette année avec Rafaèle Tordjman, la présidente de Jeito Capital (cf regard croisé ci-dessous), plus qu’une affaire de femmes est celle de deux visions similaires : « le business d’abord et avant tout au service des patients », affirme-t-elle.

Plateforme de thérapie génique

Innoksel développe des thérapies géniques pour traiter des maladies rares du squelette connues sous le nom de collagénopathies de type 2. Le candidat médicament principal de la start-up est au stade pré-clinique, et se concentre sur la plus grave de ces pathologies, la dysplasie spondyloépiphysaire congénitale. Il s’agit d’une maladie néonatale génétique rare et possiblement mortelle, se traduisant par une petite taille et des anomalies squelettiques affectant principalement la colonne vertébrale et les os longs des bras et des jambes. Un marché qui concerne environ 1600 patients dans le monde et pour lesquels il n’existe actuellement aucun traitement curatif. « Notre candidat cible les enfants avant la puberté et agit sur leur cartilage de croissance défectueux. Nous espérons avec cette thérapie génique parvenir à restructurer ce cartilage et permettre ainsi la croissance osseuse », résume Elvire Gouze.

Les fonds levés vont servir principalement à préparer les études cliniques sur l’homme dans cette pathologie. Des essais coûteux, en raison du prix élevé des lots cliniques. « Cette bioproduction pourrait être réalisée auprès d’un acteur français ou international, le seul critère de choix retenu sera l’intérêt des patients », déclare la dirigeante. Par la suite, elle ambitionne de développer une plateforme de thérapie génique destinée à traiter une partie des 250 formes de troubles squelettiques. « Nous avons constaté que notre candidat médicament pouvait être adapté à d’autres pathologies, et travaillons en parallèle sur plusieurs programmes de recherche qui se trouvent aujourd’hui à un stade plus ou moins avancé selon les maladies retenues », indique-t-elle. Un projet qui a séduit immédiatement les investisseurs.

La dirigeante avoue avoir une vision très claire de ce qu’il faut faire pour atteindre son objectif. D’autres financements seront nécessaires pour développer cette plate-forme. Raison pour laquelle, Elvire Gouze laisse ouvertes toutes les options financières : tour de capital-risque, IPO, vente à un industriel… Pour rappel, sa première entreprise, Therachon, spécialisée dans l’achondroplasie, également une maladie osseuse rare, a été acquise en phase 1 en 2019 par Pfizer pour 810 M$.

Chiffres

7

Nombre de collaborateurs d’Innoksel, essentiellement affectés en R&D. La série A va permettre à la biotech d’étoffer son équipe manageriale.

1 personne sur 100 000

La dysplasie spondyloépiphysaire congénitale touche environ 1 personne sur 100 000 et aujourd’hui, seule une gestion clinique des symptômes est disponible et passe à la fois par de lourdes chirurgies et un éventail de soins pluridisciplinaires.

Cabinet d’avocats

Pour Innoksel : 

EY Société d’Avocats

Pour les investisseurs :  

Orsay Avocats

Le regard de Rafaèle Tordjman, fondatrice et présidente de Jeito Capital

(BIOTECHFINANCES N°925 Lundi 21 décembre 2020) Après SparingVision et Neogene Therapeutics, Innoksel constitue le 3e investissement de notre fonds lancé cette année. Dans le cas d’Innoksel nous investissons à un stade de développement plus précoce. Cela tient d’abord à l’innovation scientifique elle-même dont la preuve de concept est déjà établie sur l’animal mais aussi au projet de plateforme de thérapie génique dans les maladies du squelette. C’est d’ailleurs cet enjeu majeur qui a convaincu l’américain Vida Ventures spécialisé dans le domaine de la biomédecine d’entrer au capital à nos côtés lors de la série A. Enfin et surtout, l’expertise scientifique d’Elvire Gouze, la fondatrice d’Innoksel et son background avec sa précédente entreprise Therachon rendaient incontournable une telle opportunité d’investissement. Les équipes de Jeito seront à son service pour l’aider à optimiser et à accélérer ses développements thérapeutiques. Notre objectif est de préparer la start-up à la commercialisation le plus en amont possible, à travers ses essais cliniques, ses choix manufacturing et son financement. En raison de la durée limitée des brevets, les biotechs n’ont plus de temps à perdre. D’ailleurs aujourd’hui le financement de leur pipeline, de l’amorçage aux études cliniques de phase 3 peut se réaliser en 6 ans si l’exécution et les levées de fonds suivent, quand cela prenait 13 ans en 2012. »

Univercells : 120 M€ en 2020 et l’IPO en vue

(BIOTECHFINANCES N°925 Lundi 21 décembre 2020) C’était dans l’air depuis un moment, désormais c’est officiel : Univercells, biotech wallonne créée en 2013 et spécialisée dans la fabrication de vaccins et de biosimilaires plus accessibles, vient de clôturer un second tour de 20 M€ de sa série C après un premier closing à 50 M€ il y a trois mois. Ces 70 M€ s’ajoutant aux 50 M€ investis par le fonds américain KKR en début d’année, porte à 120 M€ le total cumulé cette année, la plus importante levée de fonds privés en 2020 au sein du secteur.

Avec cette dernière tranche, elle accueille dans son capital le fonds belge TheClubDeal (1,6 M€) et des investisseurs internationaux comme le fonds de cross-over américain Farallon Capital Management (10 M€), le Korea Investment Partners (3 M€), qui avait mis un premier ticket en 2018, et le fonds d’impact Soros Economic Development Fund (5 M€). Après Bill Gates, Univercells a en effet tapé dans l’œil du milliardaire Georges Soros, séduit par l’engagement d’Univercells à transférer ses technologies de production dans des pays moins développés. La présence de Farallon, quant à elle, vise à préparer la biotech belge à une IPO sur le Nasdaq prévue pour 2022, « une fois que nous aurons démontré notre capacité à générer du chiffre d’affaires avec nos filiales commerciales », précise Hugues Bultot, PDG d’Univercells. Pourquoi aux États-Unis ? « Car notre base d’investisseurs est majoritairement américaine et nous avons plus de résonnance là-bas. La revente de MaSTerCell, par exemple, que j’ai lancée avec 3 M€ et revendu 300 M$ a eu beaucoup plus d’écho aux États-Unis. » Euronext viendra ensuite.

Excepté un petit montant réservé à l’innovation technologique, les nouveaux fonds sont destinés au réaménagement du site acquis en mars pour Exothera, nouvelle filiale de production de vecteurs viraux. Elle comprendra une unité de fabrication de vaccins anti-COVID, opérationnelle dès juin 2021, et une deuxième unité pour les vecteurs viraux (polio, rougeole, rubéole, rage) qui sera prête en novembre.

La COVID en montagnes russes

L’élan d’Univercells dans la production de vaccins contre le Covid a connu toutefois un petit coup de frein. Il y a quelques mois encore, elle comptait près d’une vingtaine de partenariats potentiels. Aujourd’hui, seul un a abouti, avec l’Italienne Reithera. Mais celle-ci attend encore un contrat d’achat anticipé avec la Commission européenne, qui n’a signé qu’avec quelques gros acteurs à ce stade. Cela n’entame pas l’optimisme d’Hugues Bultot. « Les vecteurs viraux restent en course malgré le succès phénoménal des vaccins à ARN (Moderna, Pfizer,…). En effet, leur prix est exorbitant, Moderna a fixé le sien à 32 $, là où AstraZeneca, avec son vecteur viral, évoque un coût de 2 ou 3 €. Même si AstraZeneca a signé avec notre concurrent Novasep, nous sommes confiants qu’ils chercheront par la suite des capacités supplémentaires. Au même titre que les Russes de Spoutnik ou les Chinois de Walvax », détaille le PDG. L’ambition d’Univercells de produire plus à moindre coût reste donc d’actualité. « Par ailleurs, si à terme les ARN sont la solution idéale, il faudra réfléchir sur les procédés de production de vaccins plus abordables. Ce sera l’un des axes d’innovation sur lesquels nous travaillerons en 2021 au sein d’Univercells Vaccines, filiale pour laquelle nous sommes en pleine réflexion stratégique et sur laquelle nous communiquerons en première moitié de 2021 », annonce Hugues Bultot.

La petite biotech de Charleroi se mue donc en groupe à multiples filiales. Outre Exothera créée en mars 2020, Univercells Technologies a été lancée en mai grâce au soutien de KKR. Elle est dédiée à l’industrialisation de sa plateforme de fabrication NevoLine autour de laquelle est née Univercells. En 2021, la création d’Univercells Vaccines sera officialisée, ainsi que celle d’Unizima, qui sera destinée à l’activité de transfert technologique financée par le fonds Soros. Une bonne nouvelle pour l’emploi et le tissu industriel wallon.

> Lire aussi SRIW : le fonds pragmatique et souverain de la Wallonie en pages 6 et 7.

Chiffres

202 M€

Ce sont les fonds rassemblés par Univercells depuis sa création en 2013, en incluant les subsides reçus de la Fondation Bill & Melinda Gates (30 M€) et de la Région wallonne (10 M€).

238

C’est le nombre de personnes qui travaillent pour Univercells, alors qu’ils étaient une cinquantaine début 2018. Une centaine de recrutements supplémentaires sont prévus en 2021.

750

millions de doses de vaccins contre le Covid pourront être produites sur le site d’Exothera.

Le regard de Philippe Degive

« L’intérêt d’Univercells est notamment qu’elle vient tout juste de clôturer une levée de fonds. Elle possède des actionnaires prestigieux et énormément d’ambitions. Elle est de plus fortement dans l’actualité car elle mène plusieurs projets en rapport avec la crise du Covid-19. »

SRIW : le fonds pragmatique et souverain de la Wallonie

(BIOTECHFINANCES N°925 Lundi 21 décembre 2020) Dans l’actionnariat de nombreuses biotechs et medtechs wallonnes, on retrouve la Société régionale d’Investissement de Wallonie (SRIW). En 12 ans, elle a affiné sa stratégie et décuplé ses investissements en sciences de la vie, portant son portefeuille à 250 M€. Nous en avons discuté avec Philippe Degive, responsable investissements healtech à la SRIW.

BiotechFinances – Commençons par une brève description de la SRIW

Philippe Degive : La principale caractéristique de la SRIW est que son actionnaire quasi unique est public. En effet, la Région wallonne détient plus de 99 % du capital. Ce qui influence évidemment notre stratégie, même si la Région n’a pas d’emprise sur nos organes de gestion et n’intervient pas directement dans le choix des investissements, dont nous décidons souverainement. Néanmoins, le fait d’avoir un actionnaire public quasi unique implique que notre mission, en plus d’être rentable, est de contribuer à la création d’activité, de valeur ajoutée et d’emplois dans Région wallonne. Une autre de nos particularités est que nous ne sommes pas un fonds fermé comme de nombreux acteurs de l’investissement en science de la vie, mais une société de type evergreen, sans durée déterminée.

Nous investissons dans tous les secteurs de l’économie. Le montant de notre portefeuille d’investissements est d’environ 2,5 Mds€ (2,47 Md€ au 30 septembre 2020, NDLR), dont environ 1,5 Md€ se concentrent sur cinq très grandes participations dans des sociétés industrielles ou financières wallonnes de secteurs traditionnels comme la défense, la chimie, l’assurance ou l’aéronautique. Le reste du portefeuille, donc environ 1 Md€, constitue notre activité principale, c’est-à-dire des prises de participations d’au moins 1 M€ dans des sociétés actives en Wallonie. Les investissements en sciences de la vie représentent 20 à 25 % de cette activité, c’est-à-dire entre 200 et 250 M€ en fonction des mouvements. Au 30 septembre 2020, nous étions précisément à 244 M€, répartis sur 59 sociétés.

BF – Comment a évolué cette proportion au fil des années ?

Philippe Degive : Quand j’ai rejoint la SRIW en 2008, le portefeuille en life science était de 20 à 25 M€. Il a donc été multiplié par dix en 12 ans. Son importance a crû, en ligne avec la façon dont le secteur s’est développé de manière globale.

BF – Expliquez-nous votre stratégie d’investissement ?

Philippe Degive : Notre critère de base est d’investir dans des sociétés susceptibles de créer de l’activité, de la valeur ajoutée et de l’emploi en Région wallonne. Cela ne signifie pas que nous n’investissons que dans les sociétés wallonnes. Il arrive que nous investissions dans des entreprises de droit étranger pour autant qu’elles exercent une activité significative en Wallonie. Le cas de la biotech espagnole Minoryx l’illustre bien : une de nos conditions pour investir était qu’elle développe une partie de ses activités sur notre territoire, ce qu’elle était prête à faire en y installant son unité de R&D. Un contre-exemple, en quelque sorte, est celui d’iTeos Therapeutics, société de droit belge dont la structure de tête est devenue américaine au moment de la préparation de son entrée au Nasdaq. Nous avons pourtant continué à investir dans cette société car elle poursuivait ses activités de R&D sur le territoire de la Wallonie. Si c’est un critère nécessaire, il n’est toutefois pas suffisant pour justifier une intervention de notre part. À côté de cela, nous avons les marqueurs d’investissement très classiques des fonds privés du secteur. Nous requérons un management de qualité, une propriété intellectuelle solide, des produits répondant à des besoins médicaux non satisfaits, et une position de marché concurrentielle intéressante. La présence d’au moins un investisseur spécialisé de référence en sciences de la vie dans l’actionnariat de la société, particulièrement si elle est early stage, est un autre facteur influençant notre choix de la financer ou non. En termes de stade de développement, nous sommes complètement agnostiques : nous investirons aussi bien dans des start-up que dans des sociétés en phase commerciale. Nous ne nous restreignons pas non plus quant à la nature de leurs activités : biotech, diagnostic, medtech, services (CRO, CMO, CDMO), infrastructures, tout est ouvert.

BF – Et en ce qui concerne la science ? Quelles aires thérapeutiques privilégiez-vous ?

Philippe Degive : Depuis 2019, nous nous sommes fixés huit thématiques d’investissement prioritaires : trois aires thérapeutiques qui sont l’oncologie, l’immunologie et les neurosciences ; deux types de produits, à savoir les produits biologiques innovants et les medical devices ou tests de diagnostic intelligents, qui permettent un traitement différencié des patients selon leurs caractéristiques personnelles dans une optique de médecine personnalisée. Nous aimons également investir dans des contract service organisations qui sont de gros créateurs d’emplois, ainsi que dans la e-santé qui offre de belles perspectives de développement. Ce sont nos axes privilégiés mais ils ne sont pas exclusifs. Une société qui ne correspondrait à aucune de ces thématiques conserve la possibilité de bénéficier d’un financement chez nous. Mais, nous serons un peu plus enclins à dire oui, ou à mettre plus d’argent pour les projets qui cadrent avec nos priorités.

BF – Pourquoi avoir mis en place ces axes prioritaires ? Et sur quelle base les avez-vous choisis ?

Philippe Degive : Nous sommes dans une courbe d’apprentissage. Il y a une dizaine d’années, le portefeuille était beaucoup plus petit, avec un nombre restreint de compagnies et des tickets moins élevés. Nous avons évolué au fil du temps et essayé d’enrichir progressivement notre analyse des investissements. En 2019 et 2020, deux profils scientifiques ont rejoint notre équipe en sciences de la vie, initialement constituée de deux financiers. Nous constituons désormais un quatuor très complémentaire contribuant à la montée en puissance de notre stratégie. Distinguer des thématiques prioritaires est une première étape vers ce positionnement plus pointu.

Le choix de ces huit thématiques découle d’une évaluation croisée de deux facteurs : l’intérêt particulier que les thématiques peuvent susciter pour l’industrie pharmaceutique et donc l’activité de M&A potentiellement générée, et, d’autre part, le savoir-faire spécifique que la Wallonie démontre dans ces thématiques. Nous verrons si ces secteurs évoluent et si nous devons pousser plus loin la différenciation de notre stratégie d’investissement.

BF – Quels sont les objectifs pour 2021 ?

Philippe Degive : Nous n’avons pas de quantification précise des volumes d’investissement à réaliser en sciences de la vie, cela dépendra de ce qui se présente. Mais nous allons vers des montants en augmentation ; c’est en tout cas la tendance des dernières années et il n’y a pas de raison qu’elle change. D’autant plus qu’avec la période que nous traversons, de nombreux secteurs économiques souffrent, ce qui n’est pas vraiment le cas des sciences de la vie puisque la crise met en évidence qu’investir dans l’innovation en santé est fondamental. De plus, c’est un secteur qui continue à bénéficier de capitaux : les investisseurs généralistes investissent de plus en plus dans ce secteur et plusieurs fonds spécialisés ont procédé à d’importantes levées de fonds ces dernières années. Cette disponibilité des capitaux nous porte, en toute logique, vers des montants croissants.

BF – Avez-vous des dossiers sur le feu qui pourraient aboutir dans un futur proche?

Philippe Degive : Plusieurs décisions d’investissement ont été prises mais pas encore matérialisées. Avant la fin de l’année ou durant les premiers mois de 2021, nous devrions concrétiser un certain nombre de réinvestissements et au moins un nouvel investissement dans un tour de série A d’une spin-off de l’Université Libre de Belgique.

BF – À plus long terme, dans quelle direction évolue le secteur wallon des sciences de la vie ? Comment l’imaginez-vous dans 10 ans ?

Philippe Degive : Je pense qu’on verra émerger toute une série d’applications numériques en santé. C’est un secteur dans lequel nous ne sommes malheureusement pas encore assez présents. Il manque de projets vraiment ambitieux en Wallonie. Nous en avons quelques-uns dans notre portfolio mais ce sont généralement des petites lignes d’investissement, à l’exception de Clue Points et d’OncoDNA, qui sont un peu les fers de lance dans le domaine de la numérisation croissante de la santé. Clue Points vient d’ailleurs d’accueillir dans son capital le fonds d’investissement Summit Partners, alors qu’OncoDNA a finalisé l’acquisition d’une participation majoritaire de la société française IntegraGen. Cette tendance numérique va s’accélérer au cours des prochaines années et pourrait impacter non seulement le diagnostic, mais aussi la recherche puisqu’il est probable qu’à l’avenir des sociétés utilisent de plus en plus les outils numériques pour screener des candidats médicaments ou pour réaliser des études cliniques virtuelles, par exemple. Je pense que c’est une tendance lourde d’évolution du marché dans laquelle, j’espère, la Wallonie s’inscrira.

Par ailleurs, le marché des IPO a repris de la vigueur et de plus en plus de sociétés deviennent publiques (lire aussi « La bourse a la cote en Belgique », Biotech Finances n°916). Je pense que cette tendance devrait s’accentuer au vu des entreprises que nous avons en portefeuille : plusieurs sont des candidates très crédibles à une entrée en bourse dans les prochaines années.  On tend vers une taille critique de sociétés wallonnes cotées. Ces dernières années on a vu Celyad Oncology, Bone Therapeutics, Asit Biotech, Mithra Pharma et plus récemment, iTeos Therapeutics, Nyxoah et Hyloris Pharmaceuticals rejoindre le marché. J’espère que nous aurons d’ici quelques années 10, 15 ou 20 Wallonnes en bourse que ce soit sur Euronext mais aussi sur le Nasdaq ou même en Asie.

Enfin, une autre évolution concerne les infrastructures. En effet, nous souhaitons renforcer en Wallonie une activité industrielle en sciences de la vie. Il est normal que des sociétés soient rachetées par des acteurs industriels, ce qui peut générer un risque de délocalisation. Nous essayons donc de créer des infrastructures et de soutenir la formation de main d’œuvre qualifiée, de manière à ce que, indépendamment du fait que des sociétés soient rachetées et intègrent des groupes industriels, l’entièreté de l’activité ne soit pas délocalisée, que les acquéreurs voient un intérêt à rester en Wallonie car ils y trouvent un cadre favorable à la poursuite du développement d’activités locales. Un cas illustratif récent est celui de MaSTerCell, société de service rachetée par Catalent. Le groupe américain a décidé de continuer à développer l’activité à Gosselies. Idem pour Eurogentec qui poursuit son développement en Belgique malgré son rachat par Kaneka. Les outils de production GMP et autres infrastructures vont donc se multiplier dans les prochaines années de façon à essayer de soutenir le développement d’activités et d’emplois à long terme.

Le regard de Philippe Degive sur :

ISTAR MEDICAL

Medtech fondée en 2011 qui a conçu un implant ophtalmique de drainage de l’œil en vue de réduire la pression intraoculaire pour les patients atteints de glaucome.

« C’est une société dont on va beaucoup parler dans les mois et les années à venir car elle arrive à maturité, elle commence à accumuler des résultats cliniques de plus en plus intéressants. Elle est solidement financée par un syndicat d’investisseurs dont certains grands noms européens comme LSP, Earlybird ou Gimv. Elle a des atouts à faire valoir pour devenir demain le best-in class dans son domaine. »

Total levé : +/- 55 M€

IMCYSE 

Spin-out de la KU Leuven fondée en 2011 qui développe des immuno-thérapies contre les maladies auto-immunes chroniques.

« Elle a un nouveau PDG, Denis Bedoret, l’ancien patron de MaSTherCell acquise par Catalent. Elle a un plan de développement très ambitieux et offre une technologie de grande qualité au stade clinique, qui pourrait nous valoir pas mal de satisfaction dans les prochaines années. »

Total levé : +/- 60 M€

SYNDESI THERAPEUTICS

Spin-out d’UCB fondée en 2018, elle développe des molécules qui modulent la protéine de vésicule synaptique SV2A, acteur central de la transmission synaptique.

« Syndesi est en phase clinique avec une technologie très intéressante dans les troubles cognitifs, qui est un domaine avec beaucoup de besoins médicaux non satisfaits. Elle est de plus financée par des poids lourds comme Novo Seeds, Fountain Healthcare Partners ou JJDC du groupe Johnson&Johnson. »

Total levé : +/- 26 M€

AstraZeneca s’offre Alexion

(BIOTECHFINANCES N°925 Lundi 21 décembre 2020)  AstraZeneca a-t-elle réellement cassé sa tirelire pour s’offrir Alexion ? En effet, avec 39 Mrds$, la firme anglaise se classe dans le top 5 des plus grosses opérations de la BioPharma. Mais au-delà du montant faramineux, les actionnaires ainsi que les analystes s’interrogent. Astra, qui se trouve un peu fragilisée avec l’affaire des doses de son vaccin contre le SARS-Cov-2, a-t-elle les reins suffisamment solides pour intégrer cette biotech spécialisée sur les pathologies rares aux micromarchés ? Certes, depuis plusieurs années, il semble que les blockbusters soient voués à la disparition qui tarde, remplacé dans l’imaginaire pharmaceutique par la médecine de précision et les indications orphelines aux marges confortables. Mais dans les faits, l’écart entre le laboratoire pharmaceutique et sa proie est important. Ainsi le pipeline d’Alexion a été quelque peu fragilisé, par l’abandon du développement de l’ALXN2040 dans la glomérulopathie à dépôts de C3, un programme qui représentait une part non négligeable des 930 millions de dollars lors du rachat d’Achillion Pharmaceuticals en juillet 2019. Dans sa recherche de marchés d’envergure, Alexion a déboursé, en mai dernier, près de 1,4 Mrd$ pour acquérir Portola Pharmaceuticals et son agent de réversion des inhibiteurs de facteur Xa, l’Andexxa, avec plusieurs centaines de milliers de patients. Mais, malgré son AMM, l’Andexxa, dont l’efficacité sur les hémorragies sous anticoagulants a été péniblement démontré, est encore à la recherche de son marché. Il semble bien qu’AstraZeneca, aux franchises anticancéreuses (Tagrisso, Lynparza et Imfinzi) bien développées, ait beaucoup à gagner en intégrant Alexion, dont le couple Soliris Ultomiris, qui constitue aujourd’hui l’essentiel du chiffre d’affaires. Toutefois, beaucoup reconnaissent une intelligence commerciale de premier ordre à la firme bostonienne pour la transition réussie du Soliris à l’Ultomiris pour les patients atteints d’hémoglobinurie nocturne paroxystique. Cependant, pour le laboratoire pharmaceutique, il faudra un peu plus qu’une franchise aussi réussie soit-elle pour rassurer les actionnaires du bien-fondé du rachat, surtout si certains autres pourraient être aujourd’hui en embuscade comme Pfizer, Novartis, Amgen ou encore Biogen pour surenchérir. En effet, le pipeline et les plateformes technologiques: complément C5 avec Ultomiris et ALXN1720, Facteur D et Anti FcRn, sont autant d’éléments qui mis bout à bout permettent au management d’Alexion de revendiquer dans son business plan une dizaine de milliards de revenus à un horizon pas si lointain. Des arguments qui ont retenus toute l’attention de Pascal Soriot, le président d’AstraZeneca à qui l’on reprochait d’être trop précautionneux.