samedi 19 septembre 2020


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N°882 – 13-01-2020

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Description

Genopole : open coopétition et lean accélération au programme

Pas facile de se tailler une place dans la multitude d’offres d’accompagnement des entreprises innovantes et des chercheurs- entrepreneurs en herbe. Genopole qui mène actuellement son sixième round de sélection et jusqu’au 10 février, pour ses deux programmes Booster et Shaker détient-il la bonne recette ? Tour d’horizon avec Olivier Tomat, directeur de Genopole Entreprises.

BiotechFinances – Les programmes de type Booster et Shaker s’inscrivent dans une compétition internationale forte. Qu’apportez-vous de fondamentalement différenciant ?

Olivier Tomat – Nous développons une approche experte dans un secteur, celui des biotechnologies, qui reste complexe d’accès. Les offres « programmes d’accompagnement » sont certes nombreuses, elles se multiplient même, mais toutes n’entrent pas nécessairement dans notre champ d’action direct. Genopole s’inscrit dans une logique de coopétition plutôt que de compétition. Cela nous rend attentifs et réceptifs aux innovations portées par d’autres programmes et peut être plus agiles pour en adopter les meilleures pratiques. L’environnement mis en place autour des entreprises ou des chercheurs-entrepreneurs que nous accueillons dans Booster et Shaker nous positionne également favorablement. Genopole, crée il y a 20 ans, constitue un écosystème solide qui propose des expertises, des infrastructures, des m2 flexibles et une gestion dynamique du matériel de pointe mutualisé qui collent aux différents rythmes des candidats en quête de développement. Les programmes eux-mêmes s’adaptent. Dans Booster par exemple, le temps de maturation d’une société peut être allongé de 6 mois pour lui permettre de sécuriser sa levée de fonds.

BF – Quel profil de candidat tire le meilleur avantage de Booster et Shaker ?

Olivier Tomat -Le succès concerne l’archétype même des primo-entrepreneurs qui ont une science et une technologie extraordinaires inscrites dans nos verticales santé, environnement, agro-alimentaire ou bioindustrie et qui ont la volonté d’apprendre. Avec Booster, nous accompagnons leur transformation vers l’accès au marché. Au-delà, l’excellence de l’écosystème génopolitain et l’exhaustivité de l’offre qui coche toutes les cases des besoins de l’entrepreneur en biotechnologie, sont de vrais atouts qui nous permettent “d’adresser” des profils riches et divers.

BF – Quelles pistes permettront de dynamiser dans le temps vos deux programmes phares ?

Olivier Tomat – Après deux années vraiment positives, plusieurs pistes pourraient être envisagées. D’abord celle de l’intensification des programmes sur le mode “lean accelerator” pour rendre les candidats de Booster et leurs technologies “investment ready” en 8 à 12 semaines au lieu de 1 an, 1,5 an. Le lean est un mode d’accélération qui pénètre véritablement nos secteurs et les verticales que nous développons. Ensuite, la question de l’investissement ne pourra manquer de se poser de nouveau. Sur ce plan nous avons appris de nos échecs. Il me semble que nous ne pourrons pas nous passer dans le futur d’un véhicule d’investissements qui nous permettra d’intervenir dans les projets sélectionnés et de créer un pipeline plus important. n

24 et 59

Le nombre de sociétés sélectionnées à fin 2019 dans le cadre des 5 promos Booster de Genopole est de 24. Par ailleurs, 59 emplois ont été créés.

1,9 M€

Les fonds levés par 8 des entreprises accompagnées par le programme Booster de Genopole. Actuellement, 11 autres sociétés sont en cours de levée de fonds dont 2 en finalisation.

2,25 M€

Le montant d’aides publiques et de prêts  perçus par 13 entreprises accompagnées.

MONDE

Moderna (NASDAQ: MRNA) a publié des données positives de phase I pour son vaccin ARNm-1647 contre le cytomégalovirus (CMV), qui est l’infection à l’origine de malformations congénitales la plus courante aux États-Unis. Aucun vaccin n’est actuellement approuvé pour prévenir le CMV. Une étude de phase II vient de démarrer avec le traitement du premier patient. Les données intermédiaires sont attendues au deuxième semestre 2020, et la phase III est prévu pour 2021.

COTÉ

DBV Technologies (DBV) annonce la nomination de Ramzi Benamar au poste de directeur financier. Ce lyonnais occupait jusqu’à présent les fonctions de « directeur de la planification et de l’analyse financière chez Spark Therapeutics aux États-Unis. Le rachat par Roche de cette biotech, spécialisée en thérapie génique, est effectif depuis mi-décembre. Ramzi Benamar remplace Sébastien Robitaille, qui assurait l’intérim depuis le départ de David Schilansky, fin août 2019.

DBV Technologies (DBV) (bis) annonce les résultats de l’étude de l’étude PEOPLE, une étude d’extension ouverte, menée auprès de 141 patients âgés de 4 à 11 ans, ayant participé préalablement à l’essai de phase III de 12 mois PEPITES. Ceux-ci montrent une amélioration de l’efficacité du produit phare de la biotech, Viaskin Peanut, un patch de désensibilisation des allergies à l’arachide, entre le 12e et le 36e mois d’administration, avec notamment une progression de la proportion de patients capables de tolérer une dose de plus de 1000 mg d’arachide, qui passe de 40,4 % à 51,8 %. La dose cumulée réactive (DCR) médiane passe de 144 mg à 944 mg d’arachide en 36 mois (elle avait atteint 444 mg à 12 mois dans l’étude PEPITES sur une population totale de 356 patients). Pour rappel, la biotech concurrente Aimmune affiche, avec son produit phare AR101, une proportion de 79,8 % de patients capables de dépasser le seuil de 1000 mg, dans une étude d’extension menée sur 7 mois et avec 101 patients, à la suite de sa phase III Palisade, avec, cependant, un profil de sécurité moins favorable.

Pharnext (ALPHA) dévoile les résultats de l’étude d’extension PLEO-CMT-FU, menée avec 185 patients souffrant de la neuropathie de Charcot-Marie Tooth 1A (CMT1A), parmi ceux ayant terminé l’étude de phase III PLEO-CMT. Ceux-ci démontrent notamment que le score ONLS (Overall Neuropathy Limitations Scale) s’améliore ou reste stable chez les patients traités avec PXT3003, le produit phare de Pharnext, « au cours de l’étude d’extension par rapport au déclin du score ONLS observé dans le groupe placebo ». Rappelons que la biotech avait publié, fin 2018, des résultats positifs avec l’étude PLEO-CMT mais qu’un problème de stabilité du produit avait conduit la société à une modification du protocole et une levée de l’aveugle conduisant, en conséquence, la FDA, à exiger la conduite d’une nouvelle phase III.

Transgene (TNG) et NEC démarrent deux essais cliniques de phase I avec le vaccin thérapeutique TG4050 de Transgene. Ce dernier est issu de la plateforme Myvac qui permet d’intégrer, dans un vecteur viral, des mutations tumorales identifiées et sélectionnées par le système de prédiction de néoantigènes de NEC (lire Biotech Finances n°834). TG4050 a été conçu pour cibler jusqu’à 30 néoantigènes. Les études seront menées à la Mayo Clinic (États-Unis), dans le cancer de l’ovaire, et à l’Oncopole de Toulouse, dans le cancer de la tête et du cou. La société est financée jusqu’en 2022.

Abionyx (ABNX), anciennement Cerenis Therapeutics, a reçu de l’ANSM une Autorisation Temporaire d’Utilisation nominative (ATUn) pour l’utilisation de CER-001 dans une maladie rénale ultra-rare sans traitement existant. Ainsi, le médecin a l’origine de la demande pourra utiliser le produit dans cette indication, bien que les données actuelles ne permettent pas de présumer d’un rapport bénéfice-risque favorable. La biotech s’est engagée à fournir gracieusement le produit sur une période de trois mois. En septembre dernier, Cyrille Tupin a pris le poste de directeur général d’Abionyx, succèdant ainsi à Richard Pasternak.

Valneva (VLA) a annoncé qu’une “réunion de fin de phase 2” a été prévue avec la FDA, le 24 février 2020, au sujet du programme de développement de VLA1553, le candidat vaccin à injection unique contre le chikungunya. VLA1553 a obtenu le statut “fast track” de l’autorité de santé américaine. Valneva a publié des données de phase I favorables en novembre dernier et espère pouvoir entrer directement en phase III dès cette année.

Valneva (VLA) (bis) annonce l’ouverture d’une structure commerciale à Lyon, qui sera destinée à contrôler le marketing en France d’Ixiaro, son vaccin contre l’encéphalite japonaise, et Dukoral, son vaccin contre le Choléra, avec pour objectif l’accélération de la croissance des ventes. Il s’agit de la sixième filiale commerciale ouverte par Valneva, après les États-Unis, le Canada, les pays nordiques, le Royaume-Uni et l’Autriche.

Oxurion NV (OXUR) publie des données positives issues de l’étude de phase 1 avec le THR-687, un antagoniste de l’intégrine pan-RGD pour le traitement de l’œdème maculaire diabétique (DME). La phase II devrait débuter au second semestre 2020. L’été dernier, l’action de la biotech belge chutait de plus de 40 %, suite aux résultats décevants d’un essai clinique de phase II testant le THR-317 pour le traitement de cette même maladie.

Mauna Kea (MKEA) annonce la publication dans la revue médicale Gastrointestinal Endoscopy, d’un article démontrant « l’impact positif de l’utilisation de la plateforme d’endomicroscopie Cellvizio dans le diagnostic et la prise en charge des lésions

kystiques pancréatiques ». Selon cet article, rédigé par des médecins de l’école de médecine Icahn à Mount Sinai (New York), l’utilisation de Cellvizio, entraîne un « changement global dans la prise en charge clinique » des patients dans des proportions allant de 38,6% à 52,3%, selon le protocole employé.

IntegraGen (ALINT) présente une position de trésorerie de 2,8 M€ au 31 décembre 2019, avec un chiffre d’affaires sur l’année de 8,3 M€ (contre

6,9 M€ en 2018, soit une croissance de +20%). Cette croissance est liée en grande partie à la hausse des prestations de séquençage, en raison du déploiement de la plateforme SeqOIA.

NON COTÉ

Novadiscovery lève 5 M€ auprès de Debiopharm dans le cadre d’une série A, qu’elle souhaite compléter avec 2 M€ supplémentaires. Ce financement servira à industrialiser sa plateforme d’essais cliniques in silico, Jinkō, utilisés pour prédire l’efficacité des médicaments et optimiser leur développement. Cette plateforme adopte un modèle de « logiciel en tant que service » (SaaS). Ces financements serviront également à développer la présence de Novadiscovery sur le marché américain.

Promethera annonce le lancement de DHELIVER, une phase 2b menée avec HepaStem, un produit de thérapie cellulaire composé de cellules souches hépatiques dérivées du foie, pour les patients souffrant d’une décompensation aiguë sur cirrhose. L’étude sera menée chez 363 patients et les résultats sont attendus dans le courant du second semestre 2023. L’objectif principal repose sur le taux de survie globale, 90 jours après la première infusion. En 2019, Promethera a réalisé une levée de fonds de 47 M€ dans le cadre d’une série D.

Minoryx Therapeutics obtient le statut “fast-track” de la FDA pour le leriglitazone, un agoniste sélectif du PPARγ qui pénètre dans le cerveau, pour le traitement de toutes les formes d’adrénoleucodystrophie liée à l’X, y compris l’adrénomyéloneuropathie. Un essai clinique pivot est en cours dans cette indication avec le leriglitazone. Les principaux résultats sont attendus fin 2020. Le composé a déjà reçu la désignation de médicament orphelin pour cette indication et pour l’ataxie de Friedreich.

Mutabilis reçoit un financement de 7 M€ de la part de Novo Holdings Repair Impact Fund. La biotech parisienne développe de nouveaux antibactériens contre les infections à Gram négatif. Avec ces fonds, Mutabilis va accélérer son programme 2G-Dabocins, qui se penche sur le développement d’un agent anti-infectieux à large spectre actuellement en cours d’optimisation

INSTITUTIONNEL

Généthon annonce la poursuite de sa collaboration avec Sarepta Therapeutics, pour démarrer dès cette année un programme clinique dans le traitement de la myopathie de Duchenne. Cette collaboration, initiée en 2017, visait initialement à finaliser le développement préclinique de la thérapie génique GNT0004, associant un vecteur viral de type AAV et une version raccourcie du gène de la dystrophine (la microdystrophine). Selon les termes de ce nouvel accord, Généthon aura la responsabilité de commercialiser le produit en Europe, hors Angleterre, et Sarepta dans le reste

du monde. YposKesi s’est vu confier la production des lots cliniques et, à terme, de potentiels lots commerciaux.

FRANCOPHONE

Arnaud Foussat

Après deux ans d’amorçage presqu’au secret – et 1,5 M€ levés en 2017 – Alderaan sort de l’ombre avec une spectaculaire série A de 18,5 M€ menée auprès d’Advent France Biotechnologie (AFB), investisseur et co-fondateur, et de Medicxi, co-lead sur le tour. Après deux ans dans la discrétion, partagé entre ses fonctions de CEO et celles de partner chez AFB, Arnaud Foussat peut passer à la vitesse supérieure. Alderaan développe deux programmes en immuno-oncologie. Le plus avancé, hérité des travaux du professeur Daniel Olive (Institut Paoli Calmette, Marseille), est un anticorps qui cible le récepteur CD25. Son originalité : éliminer, par déplétion, les lymphocytes T régulateurs (T-reg) sans bloquer la voie IL2 dans les cellules T effectrices. Il empêche ainsi les T-reg de freiner la réaction immunitaire anti-tumorale, sans affaiblir l’action des cellules “tueuses”. Il pourrait entrer en clinique d’ici 2022. Le second, basé sur les découvertes du professeur Armand Bensussan (Hôpital St Louis, Paris), est un anticorps qui cible CD160-TM, récepteur activateur des cellules “Natural Killer” (NK), et vise à stimuler la réaction du système immunitaire innée. « Si tout va bien, nous serons prêts pour l’IND, avec ce second actif, d’ici deux ans », veut croire Arnaud Foussat. Titulaire d’un doctorat en immunologie, ce dernier a passé près de 12 ans chez TxCell, biotech pionnière des T-reg, où il a notamment piloté la transition d’une technologie de T-reg naturelles à la plateforme de CAR-T reg. Transition qui a catalysé le rachat de la société par la biotech américaine Sangamo en 2018. Il sait l’intérêt que porte l’industrie pharmaceutique aux T-reg et à la “voie IL2”, dans les indications auto-immunes – comme avec TxCell – et plus encore, en oncologie. En témoigne, l’acquisition par Roche de Tusk Pharma pour 760 M$ en 2018 et les accords noués par Nektar Therapeutics avec BMS et Pfizer, la même année, pour sa molécule bempegaldesleukin. Alors, série B ou “deal” industriel, tous les scénarios sont ouverts.

CHIFFRES

Spécial levée de fonds d’Eyevensys

30 M$

Eyevensys réalise un tour de table de 30M$ en série B, dirigé par Boehringer Ingelheim Venture Fund et avec la participation de Pontifax, Bpifrance, CapDecisif et Inserm Transfert.

2020

La société utilisera les fonds pour poursuivre le développement d’EYS606 pour le traitement de l’uvéite chronique non infectieuse (NIU). Ce candidat-médicament

fait actuellement l’objet d’un essai clinique de phase I / II en Europe. La biotech va lancer une seconde étude de phase II aux États-Unis début 2020.

10%

La NIU représente plus de 10% des cas d’uvéite. Elle est la 4e cause de cécité et est considérée comme une maladie rare, affectant 250 000 patients en Amérique du Nord et en Europe.

EN VUE

Philippe Guedat,

CEO et cofondateur d’Inflectis Bioscience, dévoile des résultats favorables pour son essai de phase 1 avec IFB-088 en escalade de doses. L’étude va se poursuivre en doses répétées afin d’initier ensuite une phase II dans la maladie de Charcot-Marie-Tooth.

Thierry Mauvernay,

président et représentant du conseil de Debiopharm, a annoncé la conclusion d’un accord d’exclusivité avec Knight, concernant les droits de commercialisation de Trelstar (triptoréline) au Canada.

Christine Guillen,

PDG et cofondatrice d’Elsalys, voit sa biotech obtenir une ATU pour le Leukotac, dans le traitement de la maladie du greffon contre l’hôte cortico-résistant. Le produit n’était plus disponible en France depuis décembre 2015.

Royaume-Uni

Les investisseurs restent flegmatiques

Secoué par les incertitudes politiques, l’écosystème britannique des sciences de la vie plie mais ne rompt pas, avec un flux de financements ne s’est pas tari ces six derniers mois. Plusieurs grosses opérations ont défrayé la chronique, à commencer par la série B bouclée en septembre dernier par Achilles Therapeutics. Basée à Stevenage, près de Londres, cette biotech a levé 100 M£, dans le cadre d’un tour de table mené par l’Américain RA Capital et soutenu par Forbion et Invus, entre autres. Achilles développe une technologie de thérapie cellulaire, consistant à prélever, à cultiver puis à cloner pour les patientsles lymphocytes T les plus à même d’infiltrer les tumeurs. Une approche qui suscite un immense intérêt – Achilles est encore en phase préclinique – notamment parce qu’elle permet de cibler les tumeurs solides.

Avec beaucoup d’ambition aussi, Azeria Therapeutics a levé 32M£ en série B, fin novembre, auprès de Syncona et de CRT Pionneer, pour faire entrer en phase I

son programme phare, un inhibiteur de FOXA1, en oncologie, dans les cancers du sein résistant aux traitements hormonaux. Plus précoce (encore) et non moins spectaculaire, MiroBio, spin-off de l’université d’Oxford a signé une série A de 27M£, souscrite par Oxford Sciences Innovation, Samsara Biocapital, Advent Life Sciences et SR One (GSK), pour développer une nouvelle génération d’anticorps, dans les champs des maladies auto-immunes. Là encore, une opération de refinancement à deux chiffres est destinée à une société encore en phase préclinique.

La scène britannique des sciences de la vie a pu aussi compter ce semestre sur plusieurs “deals” industriels dans des aires thérapeutiques stratégiques. Championne des ARN interférents, Silence Therapeutics a ainsi noué, en juillet, un accord de licence de 553 M€ (dont 18 M€ d’upfront) avec Mallinckrodt pour le développement de candidats-médicament dans des indications auto-immunes. Tandis que dans le microbiome, 4D Pharma a annoncé un accord avec MSD, pour un montant potentiel de 316 M€, donnant à la big pharma américaine accès à sa plateforme de recherche sur les fonctions et interactions des bactéries du microbiome.

Notons également la levée de fonds, plus modeste, menée par AstranauTx qui a reçu 6,5 M£ du Dementia Discovery Fund, véhicule d’investissement public-privé, doté depuis 2018 de près de 350 M£. La société développe des candidats-médicaments destinés à restaurer le comportement des astrocytes chez les patients souffrant notamment de la maladie d’Alzheimer. Dans un segment, l’intelligence artificielle appliquée aux sciences de la vie, en plein boom au Royaume-Uni, LabGenius a réuni pour sa part 8,9 M£ pour le développement de son “robot-scientifique”, baptisé EVA, capable de cartographier les liens entre séquences d’ADN et protéines générés et destinés à la “drug-discovery”.

Le rythme de création de start-up de biotechnologies reste très dynamique au Royaume-Uni et atteint même des niveaux historiques, selon un rapport publié en novembre par Biocity Group, un réseau britannique d’incubateurs et accélérateurs. Ainsi, les investissements dédiés aux start-up auraient été multipliés par plus de 4 entre 2014-2018, par rapport à la première moitié de la décennie, tandis que le nombre de sociétés créées a quasiment doublé par rapport à 2010-14, pour atteindre presque 600. Coté investisseurs, 4Bio Ventures a annoncé un premier closing à 50 M$ pour son fonds dédié à l’early-stage (amorçage et série A), et confirmé un objectif total de 150 M$. Il renforce l’arsenal  dont dispose l’écosystème, après la levée de 175 M£ annoncée en mai par le Cambridge Innovation Capital, adossé à l’université éponyme. Point noir persistant, outre-Manche comme ailleurs en Europe, un marché boursier bouché pour les biotechs. Une déprime accentuée par la fermeture du Woodford Equity Income Fund, fondée par Neil Woodford. L’encours de ce véhicule dépassa un temps 10 MDs£, largement investi dans la biotech. Mais la dégringolade du marché et quelques coups durs, dont l’effondrement de Circassia, ont fini par provoquer la défiance des investisseurs, un mouvement de décollecte massif et, in fine, son arrêt en octobre.

Espagne – Italie

Deux belles opérations pour sauver la saison

Deux opérations d’envergure ont perturbé le calme qui a globalement régné sur les écosystèmes biotech du Sud de l’Europe. En Espagne, Anaconda BioMed a levé 20 M€ à l’occasion d’une série A menée par l’investisseur espagnol Asabys, suivi par son compatriote Ysios, ainsi que deux acteurs étrangers, les Américains d’Omega Funds et les Italiens d’Innogest. Asabys Partners signe ici la deuxième prise de participation avec son fonds Sabadell Asabys Health Innovation, dirigé par Sylvain Sachot (ex-Ysios), après Caro Care, en juin dernier. Cette jeune medtech fondée en 2018 est basée à Barcelone. Elle développe un dispositif de thrombectomie – cathéter et stent – de nouvelle génération destiné à la prise en charge des AVC ischémiques. Vedette du 1er semestre, avec une levée de fonds de 72 M€ en juin dernier, l’espagnol Sanifit a pu en cette fin d’année, contenté ses investisseurs (dont Alta Life Sciences et Ysios) avec la publication des résultats positifs de son essai de phase IIb Calypso, dans la prise en charge de la calcification vasculaire des patients hémodialysés. En Italie, c’est Genenta qui a fait parler d’elle, avec une levée de fonds de 14,4 M€, soutenue notamment par l’investisseur chinois Qianzhan. Cette biotech milanaise, fondée il y a quatre ans, développe une thérapie génique, à vocation “vaccinale” : un transfert de gènes via un lentivirus, en direction des cellules souches hématopoïétiques, destiné à éduquer le système immunitaire et prévenir les rechutes de cancer. Genenta est déjà en clinique, avec un premier candidat, dans le glioblastome.

Allemagne

Dans l’ombre de BioNtech

La perspective de l’introduction d’une biotech allemande sur le marché américain avait enthousiasmé, au 1er semestre 2019, l’écosystème des sciences de la vie outre-Rhin. Puis, la levée finalement conclue par BioNtech, en octobre sur le Nasdaq de New-York – 141 M€ contre 251 M€ initialement prévus – avait refroidi les ardeurs. La température est depuis bien remontée. Cette biotech, basée à Mayence et spécialisée dans le ARN messagers, concurrente frontale de la bostonienne Moderna Therapeutics, a vu son cours de bourse s’envoler de 170% en trois mois et sa capitalisation dépasser 10 MDs$. Son portefeuille de projets est, il est vrai, bien garni, avec pas moins de 19 programmes de développement, dont 10 en phases cliniques, et beaucoup d’indications au potentiel de blockbusters. Mais son candidat- médicament le plus avancé n’est qu’en phase II…

Derrière ce fleuron de la biotech ger-manique (qui a entre-temps perçu un financement de 50 M€ de la Banque Euro- péenne d’Investissement), les rangs sont encore clairsemés. Spin-off de l’institut Max Planck, et plus particulièrement du laboratoire de Peter Seeberger, Tacalyx a levé 7 M€ dans un tour d’amorçage mené par Boehringer Ingelheim Venture Fund et les Français de Kurma Partners, suivis par IdInvest et le HighTechGrunderfonds, entre autres… Cette biotech travaille en oncologie sur une approche originale, en ciblant des anti- gènes carbohydrates, dans des indications métastatiques. Ces molécules sont exprimées spécifiquement sur les cellules cancéreuses (et non simplement surexpri- mées) mais leur faible immunogénicité en font des cibles difficiles pour la mise au point d’anticorps. Et c’est à ce défi que cette jeune biotech, encore en phase préclinique, va s’attaquer. 4Teen4 (ex-Sphingotec) a, de son coté, levé 6,9 M€ en série A, en décembre auprès de Brandenburg Capital, pour entamer le développement clinique de son candidat phare procizumab, un anticorps monoclonal ciblant la DPP3, une enzyme libérée lors d’états de choc, dont les accidents cardio-vasculaires, qui affecte les paramètres hémodynamiques des patients avec un impact sur les chances de survie. ViGeneron, enfin, a bouclé une série A discrète (dont le montant n’a pas été communiqué), auprès des investisseurs chinois Sequoia Capital China et WuXi AppTec. L’objectif de cette biotech munichoise : faire mûrir un portefeuille de thérapie géniques visant les maladies ophtalmiques et aujourd’hui en phase préclinique. Pour se distinguer sur ce terrain déjà bien occupé (Spark/Roche, Nightstar, Gensight, etc.), la société développe des adénoparticules virales génétiquement modifiées, potentiellement capables de franchir plus facile- ment la barrière hémato-encéphalique.  Sur le front des partenariats industriels, Immatics s’est fait remarquer fin août, en nouant un accord de licence majeure avec Celgene, qui prévoit, moyennant un paiement upfront de 75 M€, trois options de licence sur des programmes de la plateforme de thérapie à base de lymphocytes T à récepteur TCR ingéniérée (TCR-T), une approche cousine des CAR-T, mais avec des applications potentielles dans les tumeurs solides. Ce partenaire fameux rejoint d’autres illustres industriels qui travaillent déjà avec la biotech de Tubingen : Genmab, Amgen, Morphosys et Roche. Mauvaise nouvelle, en revanche, pour un espoir de la biotech allemande : quatre mois après avoir essuyé un échec en phase III, avec son principal candidat-médicament, lefitolimod, dans le cancer colorectal, la société Mologen a été placée en liquidation judiciaire. Côté investisseurs, la renaissance du capital-risque en Allemagne est encore timide et Wellington reste le seul acteur de taille. Le VC, basé à Munich (et Zurich en Suisse), a levé 237 M€, fin juillet, pour son dernier fonds en sciences de la vie. Mais la medtech berlinoise Amboss est pour l’heure la seule société allemande à avoir, ce semestre, bénéficié de sa force de frappe…

Pays nordiques

En attendant le réveil des fonds

Le second semestre aura été moins riche en actualité, dans l’écosystème scan-dinave des sciences de la vie, que le premier, dominé, il est vrai, par la méga-IPO de la danoise Genmab sur le NASDAQ. Sa valorisation n’a d’ailleurs pas depuis cessé de progresser pour franchir, au nouvel an, le cap des 12 MDs$.

L’opération la plus notable ce semestre, forcément plus modeste, est la levée de 20M€ annoncée par la biotech danoise STipe Therapeutics. Un tour de table de série A/b bouclé fin septembre, et mené par Novo Holdings et Arix Biosciences, auxquel se sont joints les Allemands de Wellington et les Suédois de Sunstone, entre autres. Cette société, spin-off de l’université de Aarhus, s’intéresse à la protéine STING, qui joue un rôle clé dans la réaction immunitaire innée, notamment face aux tumeurs cancéreuses. Encore en préclinique, elle se lance sur un terrain où seule une poignée de biotechs sont aujourd’hui engagées, dont l’américaine Aduro et la française Stimunity.

Lancé il y a deux ans, le fonds Hadean Capital I, basé entre Oslo et Stockholm et dédié aux sciences de la vie, a réalisé cet été un troisième investissement en Scandinavie, en menant le dernier tour de table de 3,7 M€ de SAGA Diagnostics. Cette société suédoise est spécialisée dans le diagnostic et le suivi des cancers, à partir d’une plate-forme génomique.

De son coté, Novo Holding, poids lourd danois du capital-risque en sciences de la vie, a plutôt investi loin de ses bases, notamment aux Pays-Bas, avec North Sea Therapeutics, et en France chez Mutabilis. L’investisseur a cependant organisé, en janvier de cette année, la fusion de Galecto, société suédoise de son portefeuille, engagé dans la fibrose idiopathique pulmonaire (IPF) et la NASH, avec l’Américaine PharmaAkea, biotech spécialisée dans les pathologies fibrotiques et les cancers. Toutes deux ont plusieurs actifs en stade clinique. La nouvelle société gardera le nom de Galecto et ses activités opérationnelles demeureront au Danemark.

Pays-Bas

Biotech néerlandaises et investisseurs américains, une relation au beau fixe

En bourse, tout semble suivre son cours de la meilleure des manières chez les champions néerlandais cotés au Nasdaq. Mais l’année 2020 sera déterminante. En effet, Uniqure a vu son cours bondir de 150 % sur 2019. La biotech, spécialisée en thérapie génique et dont la capitalisation dépasse dorénavant les 3 MDs$, a réalisé en septembre dernier une offre publique, dont le produit brut s’élève à 225 M$. Elle possède deux produits en clinique, dont le plus avancé est actuellement évalué dans l’hémophilie B en phase III. Le recrutement est terminé et les premiers résultats devraient être publiés d’ici la fin 2020.

L’autre mastodonte néerlandais, Argenx, a vu son cours grimper de 40 % sur l’ensemble de l’année 2019, avec une capitalisation qui s’élève à 6 MDs€, et après avoir émis des actions pour lever 484 M$ en septembre. Argenx a également reçu en fin d’année 25 M$ dans le cadre de son partenariat avec Janssen, dans l’essai pivot de phase II CULMINATE, mené avec cusatuzumab pour le traitement des patients atteints de leucémie myéloïde aiguë. Et pour conclure l’année sur une bonne note, la biotech a présenté en décembre les résultats d’une phase II évaluant son produit phare, l’efgartigimod, chez des patients atteints de thrombopénie immunitaire primaire (PTI). Mais pour 2020, c’est dans une autre maladie auto-immune sévère, la myasthénie grave, que l’efgartigimod sera le plus attendu, avec des résultats de phase III prévus en milieu d’année.

Les relations entre les Pays-Bas et les États-Unis ne se limitent pas à ces belles progressions sur le Nasdaq, et les capitaux-risqueurs américains n’ont pas hésité à franchir l’Atlantique pour s’investir dans les biotechs néerlandaises ce semestre. C’est le cas pour Pharvaris qui a levé

66 M$ en série B auprès de Foresite Capital, Bain Capital Life Sciences, ven-Bio Partners, et Venrock. Les fonds historiques ont également suivi. Ainsi, la biotech débute une phase I avec son composé phare, qui cible l’angio-œdème héréditaire, une maladie pour lequel différents traitements existent, mais qui sont tous aujourd’hui administrés par voie intraveineuse. NorthSea Therapeutics a également attiré les investisseurs US, avec une série B de 40 M$ menée auprès de Venbio Partners et Sofinnova Investments. Outre le lancement de deux nouveaux développements cliniques, dans la dyslipidémie, et la maladie hépatique associée à la nutrition parentérale (PNALD), la biotech va ainsi pouvoir financer la fin de sa phase IIb dans la NASH, qui devrait s’achever en 2021.

Belgique

Future émergence d’un secteur medtech ?

Après un premier semestre 2019 de très belle facture pour les biotechs belges (Confo, Promethera, Imcyse, Agrosavfe, et EyeD Pharma ont réalisé des levées de fonds entre 28 et 40 M€, sans oublier le deal de géant de 5 MDs$ entre Galapagos et Gilead), ce second semestre pouvait difficilement tenir le même rythme. iStar Medical a tout de même levé 40 M€ dans le cadre d’une série C menée par LSP et Gimv, et Univercells a obtenu 20 M€ via un prêt de la BEI. En Belgique, le secteur arrive à maturation, et entre dans une phase de sélection où seules certaines biotechs passent à l’échelon supérieur. « En bourse, excepté Galapagos, il y a eu plusieurs désillusions », précise Chris Buyse, managing partner de Fund+. En effet, sur l’ensemble de l’année, Celyad, qui a levé 17 M€ via une émission d’actions, et Biocartis, ont perdu chacune 50 % de leur valorisation. La plus belle chute revient cependant à Asit Biotech, qui a dégringolé de plus de 85 %, après des résultats de phase III négatifs. « Dorénavant, ceux qui veulent entrer en cotation public regardent plutôt du côté du Nasdaq », constate Chris Buyse, pour qui ces échecs peuvent freiner les ardeurs en bourse et ralentir tout un écosystème, même si certaines technologies continuent de montrer de sérieux gages de crédibilité. C’est le cas dans le non coté avec Iteos, qui avait signé en juin 2018 une levée de fonds de 64 M€, et a conclu cette année un accord avec Merck (MSD). Ce partenariat vise à évaluer l’innocuité et l’efficacité du produit-candidat phare de la biotech, testé chez différents patients atteints de tumeurs solides.

Si la Belgique rayonne grâce à ses biotechs, d’autres secteurs n’en sont pas encore à ce stade de maturité. « Sur l’année nous avons reçu 234 dossiers, un nombre qui s’inscrit dans la continuité des années précédentes. Néanmoins, nous recevons de plus en plus de projets liés à l’analyse de big data et au secteur medtech », dévoile Chris Buyse. Pour faire émerger ce domaine, White Fund, un nouveau fonds belge doté de 20 M€, vient de voir le jour et sera dédié au financement d’une dizaine de projets medtech early-stage en Belgique. Joanna Tyrekidis et Benoît Fellin, les deux responsables d’investissements de Noshaq (ex-Meusinvest) à l’origine de ce véhicule, ambitionnent de lever 10 M€ complémentaires dans les mois qui viennent. Pour Chris Buyse, ce secteur pourrait croître autour de deux grands pôles : « L’Université de Liège, qui vise à devenir un acteur incontournable du milieu medtech en Belgique, et l’IMEC (Institut de micro-électronique et composants) à Louvain, un centre mondial de référence dans le développement de technologies en nanoélectronique. »

Israël

Pleins phares sur la santé digitale

L’année 2019 a débuté sur les chapeaux de roue pour l’écosystème biotech de l’État hébreu. Dès mars, une des plus importantes sociétés de capital-risque

israélienne, Amoon, a levé 660 M$ pour son second fonds. Fondée par le milliardaire et entrepreneur israélien Marius Nacht, Amoon n’a pas perdu de temps. Toujours en mars, le fonds menait le tour de table de série B de 35 M$ de Theranica. Deux mois plus tard, la biotech israélienne obtenait le feu vert de la FDA pour la commercialisation de son dispositif de soulagement de la migraine aiguë, contrô-lé par smartphone. De son côté, l’investisseur a profité de son nouveau fonds pour dérouler les investissements tout au long de l’année. Ainsi, il a mené, en août, une série B de 26 M$ pour le compte de MD Clone. La société israélienne a construit une plateforme avec un accès à la demande aux données de santé, en créant des répliques synthétiques de contenu, mais sans les données originales, afin de préserver la vie privée des patients. La santé digitale est en pleine expansion en Israël, et en oc-tobre, ce fut au tour de Viz.ai de lever 50 M$, pour le développement de son logiciel permettant d’identifier, via imagerie, les occlusions au sein de larges vaisseaux, et ainsi détecter plus rapidement un AVC. Même si le secteur est florissant, Amoon ne se limite pas à la santé digitale. Ainsi, le capital-risqueur est également présent au sein d’Ayala Pharmaceuticals. En mai dernier, cette biotech israélienne a bouclé une série B de 30 M$ menée par Novartis. Ces fonds vont lui permettre de boucler une phase II évaluant son produit phare, AL101, dans le carcinome adénoïde kystique (ACC), une tumeur rare de la sphère ORL. La biotech devrait également lancer une nouvelle phase II dans le cancer du sein triple négatif, avec ce même candidat-médicament.

Mais Amoon ne se restreint pas au sol israélien et s’ouvre également aux États-Unis. En témoignent ses deux investissements en Californie. Tout d’abord dans la série B de 80 M$ d’Adicet Bio, qui devrait permettre à cette biotech, qui développe des thérapies cellulaires, d’entrer en clinique pour le traitement du lymphome non hodgkinien. En témoigne également  sa participation au tour de table de 55 M$ mené pour Seer. Cette dernière biotech développe une technologie d’extraction des informations moléculaires du protéome cellulaire, pour aider à la détection précoce du cancer et des maladies neurologiques.

Outre Amoon, d’autres investisseurs devraient sortir du bois en 2020. Un leader du capital-risque israélien, Pitango Venture Capital, a annoncé en juin dernier la création de son premier fonds destiné à la Healthtech, d’environ 150 M$. Il devrait cibler plus particulièrement… la santé numérique.

Autriche

Avènement d’une nouvelle nation biotech ?

C’est probablement l’un des tours de table les plus importants réalisés par une biotech autrichienne. Après des résultats de phase II obtenus fin 2018, Themis Biosciences a levé en septembre dernier 40 M€ en série D, une somme suffisante pour financer l’intégralité d’une phase III avec son candidat-vaccin dans le Chikungunya. Ce tour de table a été co-dirigé par deux investisseurs, Farallon Capital et Hadean Ventures. MSD, avec lequel Themis a récemment signé un partenariat pour la découverte de candidats-vaccins, a également participé. Obtenue auprès de l’Institut Pasteur, la technologie qui a permis la mise au point de ce vaccin avait été licenciée à Themis Bioscience pour des applications dans plusieurs maladies infectieuses. Cette même plateforme fait d’ailleurs aujourd’hui l’objet d’un second accord de licence entre l’Institut et une biotech française, Oncovita, pour son application dans le traitement du cancer (lire Biotech Finances n°863). Pour la suite, Themis devra composer avec une concurrente franco-autrichienne, Valneva, quis’est retirée de la bourse de bourse de Vienne en décembre. Cette dernière a publié en novembre des données de phaseI avec son candidat-vaccin VLA1553 et espère pouvoir entrer directement en phase III.

Mais l’écosystème autrichien ne se focalise pas sur les virus, et s’intéresse aussi de près aux infections bactériennes. Cotée sur le Nasdaq, Nabriva Therapeutics a obtenu cette année le feu vert de la FDA et de l’EMA pour la mise sur le marché de son produit phare, Xenleta, destiné au traitement de la pneumonie bactérienne. Cette approbation a permis à la biotech de toucher 5 M$ de milestones de la part de Sinovant Sciences, qui possède une licence exclusive sur la commercialisation du produit en Chine. La biotech en a profité pour réaliser une augmentation de capital de 20 M$ en cette fin d’année. En non coté, après avoir levé 4 M€ mi-2018, Phagomed a poursuivi son chemin et réuni cet été 1,5 M€ de plus, pour poursuivre ses trois programmes actuellement actifs : les infections des voies urinaires, la vaginose bactérienne et les infections associées aux implants, pour lesquelles un premier essai clinique est prévu d’ici 2021.

L’Autriche héberge également une des rares biotechs européennes à s’être lancées dans l’aventure de la bourse en 2019. Marinomed s’est introduite à Vienne, qui possède déjà des produits sur le marché, en a retiré un produit brut qui s’élève à 22,4 M€, et a également obtenu un prêt de la BEI de 15 M€. Ces financements ont d’ores et déjà servi à boucler l’étude pivot de phase III de Budesolv, un spray nasal pour le traitement de la rhinite allergique, que la biotech envisage de lancer sur le marché d’ici 2021.

 Crédit Impôt Recherche : destruction créatrice et détricotage

De manière répétée et périodique, le Crédit Impôt Recherche (CIR) est projeté sous les feux de l’actualité. Parfois encensé, souvent vilipendé, le CIR est sujet à toutes les interprétations et les fantasmes. Les études et les rapports se succèdent, toujours à proximité du projet de loi de finance, alertant qui le Sénat, qui l’Assemblée nationale ou encore la haute administration. En 2013, la Cour des Comptes, sur proposition de la chambre des Députés, se fendit même d’un rapport questionnant l’évolution et les conditions de maîtrise du crédit d’impôt en faveur de la recherche. Il faut dire qu’en temps de disette budgétaire, de promesses électorales et de croisades sur la fiscalité, voilà 6,2 milliards d’euros dont on saurait bien trouver un usage. Le dispositif s’étant bonifié comme un grand cru, les politiques sont tous esbaudis des sommes en jeu, mais tout le monde le sait (sauf peut-être notre classe politique) : « L’innovation n’est pas gratuite.» Si, à l’origine, en 1983, les projections étaient bien moins ambitieuses, c’est surtout parce que le CIR était destiné à soutenir les entreprises innovantes (TPE et PME de recherche), qui, eu égard à leur capacité limitée d’investissement, n’avaient pas accès à certains personnels de recherche comme les docteurs. Ensuite, les grands groupes furent attirés par l’opportunité et par la modification du dispositif (plus d’entreprises et assiette élargie) en 2008 par le gouvernement Fillon. Mais, une fois encore, les hypothèses de travail furent faussées par une vision à relativement court terme. Depuis, la situation héritée de gouvernement en gouvernement interpelle les cabinets et les conseillers techniques, car le dispositif est stratégique et a permis à la France de s’afficher comme une nation innovante, tout en étant capable d’y mettre le prix. Mais les rumeurs de fraude (éligibilité des dépenses), les effets d’aubaine et surtout le niveau de créances sur l’État minent en profondeur cet outil qui est de plus en plus perçu comme une niche fiscale et de moins en moins comme un soutien à la productivité scientifique. Ainsi en 2015, sur 14 000 entreprises ayant bénéficié du CIR, 42 grandes entreprises (soit 0,3 % des bénéficiaires) se sont approprié 31 % des créances. Aussi, pour le PLF 2020, le gouvernement se propose-t-il de revenir à l’esprit initial en réduisant notamment le taux des dépenses de fonctionnement à 43% et en recentrant le dispositif sur les seuils de dépenses de R&D en passant de 100 M€ à 2 M€. Des mesures qui tranquillisent momentanément la classe politique, mais qui inquiètent les industriels et les développeurs de projets. Car Schumpeter a certes parlé de « destruction créatrice », mais pas de détricotage. Aussi est-il temps pour la “Start Up Nation” de se poser la question de ce qu’elle veut.