mercredi 15 juillet 2020


NASH : INVENTIVA FACE AU DÉFI DE LA PHASE 3

Une molécule française pourrait finalement remporter la bataille contre la NASH (stéatohépatite non alcoolique). Inventiva vient en effet de publier des résultats de phase 2b très prometteurs dans cette pathologie encore mal connue. Son produit, Lanifibranor, a réussi haut la main les tests d’efficacité sur les 2 principaux critères retenus par les autorités sanitaires. Un score supérieur à celui des candidats-médicaments d’Intercept et de Madrigal qui n’ont agi que sur un seul critère dans leurs études de phase 3. C’est d’ailleurs lors de cette étape ultime que le bât blesse pour la plupart des laboratoires. « Actuellement, Lanifibranor est le seul agoniste pan-PPAR6 en développement clinique pour le traitement de la NASH, explique Frédéric Cren, président et co-fondateur d’Inventiva. Cette petite molécule dont les propriétés métaboliques, antiinflamatoires, antifibrotiques et antidiabétiques sont particulièrement adaptées au traitement de la NASH, a été administrée par voie orale durant 6 mois à 247 patients en Europe et en Amérique », détaille-t-il. Les résultats sont inespérés (voir cicontre) et redorent le blason français après l’échec récent de Genfit dans cette même pathologie en phase 3.

Une IPO à 90M$ au Nasdaq

Pour la suite, le rendez-vous est déjà pris avec la FDA et l’EMA à l’automne, afin d’obtenir leur feu vert pour l’étape suivante. Dans le scénario idéal, le premier patient serait recruté en 2021 pour une phase 3 de 12 mois sur environ 1000 personnes, suivie d’une mise sur le marché conditionnelle et en parallèle la poursuite des essais cliniques durant 2-3 ans. Un programme vertueux, mais coûteux.

Raison pour laquelle, depuis quelque mois la biotech envisage pour cette étape un partenariat avec une big pharma ou une IPO au Nasdaq. C’est cette seconde option qui a finalement été retenue par Frédéric Cren avec le soutien de ses actionnaires américains détenteurs de 35% du capital. Le dossier de cotation a été déposé en fin de semaine dernière auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC). Selon le site américain Fierce Biotech, le montant de l’offre pourrait atteindre 90 M$. Des fonds qui permettront de financer la première partie des essais de phase 3 dans la NASH avant le cas échéant de négocier avec une big pharma la fin du développement et surtout la commercialisation du médicament sur un marché mondial estimé à 20 Mds$. On ne voit pas pourquoi les laboratoires bouderaient un futur blockbuster, d’autant que le Fast Track déjà obtenu auprès de la FDA permettra d’accélérer les délais de commercialisation aux États-Unis.

La fenêtre de tir boursière semble en tout cas bien choisie. Sur Euronext le cours d’Inventiva s’est envolé de 220 % en une séance à la suite des résultats de phase 2, portant la capitalisation à plus de 300 M€. Introduite en 2017 à 8 €, l’action vaut aujourd’hui près de 10 €. De quoi réconforter les actionnaires de la première heure qui ont subi le parcours chaotique de l’entreprise, descendue à un moment dans la zone rouge des 2 €. Le prix des titres proposés sur le Nasdaq sera nul doute bien supérieur et connu dans quelques semaines sous réserve du feu vert de la SEC.

 


Auteur


Anne-Laure Julien.