samedi 30 mai 2020


BPIFRANCE : PERMETTRE AUX START-UP DE TRAVERSER CETTE CRISE AVEC LE MOINS D’IMPACT POSSIBLE

Paul-François Fournier, directeur exécutif Innovation de Bpifrance nous dévoile les ressorts mis en oeuvre pour aider les start-up et les perspectives encourageantes de l’après crise.

BiotechFinances – Que proposez-vous aux biotechs en situation de trésorerie tendue ?

Paul-François Fournier : Notre objectif est de permettre aux start-up de traverser cette crise avec le moins d’impact possible. Mais l’Etat ne va pas se substituer aux investisseurs privés. Nous intervenons en appui de ces partenaires avec une série de mesures ponctuelles. Nous proposons plusieurs leviers sur le cash : les versements accélérés des CIR, des aides à l’innovation, des prêts de trésorerie garantis et des bridge entre deux levées de fonds. Soit une enveloppe globale de 4 Mds€.

BF – Les banques jouent-elle le jeu du prêt de trésorerie sur 5 ans ?

Paul-François Fournier : Le prêt est obtenu en fonction du chiffre d’affaires ou de la masse salariale. Son rééchelonnement jusqu’à 5 ans maximum est ensuite à la main de l’entreprise, les banques ne peuvent s’y opposer. En revanche les taux d’intérêt qui s’appliqueront après la 1ère année ne seront connus que dans 9 mois. Dans le cas particulier des biotechs, leur modèle économique est difficilement compatible avec des financements bancaires, en raison de la durée du cycle et de l’absence de chiffre d’affaires.

BF – Quelle est la meilleure solution pour les biotechs ?

Paul-François Fournier : Leur financement repose essentiellement sur le capital-risque, ce sont aux fonds d’investissement aujourd’hui d’assumer leur rôle d’actionnaire et de soutenir ces entreprises. Ils semblent d’ailleurs prêts à prendre leurs responsabilités mais ont besoin d’établir l’impact de la crise sur leur propre portefeuille. Nous pouvons les soutenir dans des bridges jusqu’à 5 M€. Par ailleurs je ne les vois pas abandonner des affaires dans lesquelles certains ont déjà investi 30 ou 50 M€ pour quelques mois de délais.


Retrouvez le témoignage d’Antoine Papiernik, président de Sofinnova au sujet de l’aide aux biotechs dans BiotechFinances n° 894. Cliquez ICI


BF – Pourquoi co-financer des bridges et pour qui ?

Paul-François Fournier : Bpifrance est prête à co-financer avec les investisseurs présents au capital des start-up, des bridges pour un montant global de 160M€. Cela concerne les entreprises qui étaient en train de collecter des fonds ou qui avaient prévu de le faire au cours des 3 prochains mois. Ces investissements prennent la forme d’obligations convertible d’un montant maximum de 5 M€. Pour les biotechs, cela correspond à une première levée de fonds servant à financer des programmes pré-cliniques ou phase 1 et non des séries B ou C en lien avec des stades de développement plus avancés. À terme, Bpifrance n’a d’ailleurs pas vocation à devenir actionnaire de toutes ces start-up et sortira dans la majorité des cas au prochain tour de table.

BF – Pensez-vous que les opérations de capital-risque repartiront vite ?

Paul-François Fournier : Il faudra sans doute attendre 2-3 mois. Les fonds français de capital-risque (une centaine) disposent de 10 Mds€ à investir et ne peuvent pas conserver ces liquidités inactives. En tant que LP de ces fonds, Bpifrance n’oublie pas de leur rappeler que c’est post-crise qu’il faut investir car c’est dans ces périodes qu’existent les meilleures opportunités d’investissement avec des valorisations plus attractives.

BF – Les biotechs vont-elles sortir plus fortes de COVID-19 ?

Paul-François Fournier : Le secteur sera sans doute moins touché que d’autres. Les durées de cycles sont plus longues, ce qui le rend moins sensible à une crise ponctuelle. Par ailleurs, au regard de la place que tiennent désormais les sujets sanitaires, cet écosysteme pourrait connaître une dynamique plus forte qu’avant la crise. La maîtrise d’un certain nombre d’actions de santé va devenir un enjeu prioritaire à l’avenir. Les procédures en termes d’essais cliniques, de demandes d’autorisation de mise sur le marché des nouveaux médicaments… pourraient ainsi s’améliorer rapidement afin de favoriser la souveraineté française et européenne de cette industrie.


Auteur


Anne-Laure Julien