mardi 4 août 2020


Onze ans après l’approbation du premier anticorps bispécifique en 2009, cette approche thérapeutique est encore loin d’avoir colonisé le marché, avec seulement trois représentants ayant obtenu une AMM En majeure partie orienté vers l’immuno-oncologie, le secteur conserve pourtant les faveurs des investisseurs et big pharmas, qui n’hésitent pas pour nombre d’entre elles à se lancer dans des projets encore loin du marché

« L’action d’un bispécifique induit une biologie et des mécanismes particuliers, différents de ceux impliqués par l’association de deux anticorps monoclonaux classiques », explique Pierre-Emmanuel Gerard, directeur général de Biomunex, qui a fondé la biotech parisienne spécialisée dans les bispécifiques en 2014 Ces anticorps se distinguent de ceux classiquement sur le marché par leurs deux bras différenciés, et leur capacité de se lier à plusieurs ligands différents, solubles ou membranaires, qu’ils soient situés sur une même cible cellulaire ou sur plusieurs Ils sont d’ailleurs présentés depuis plusieurs années comme les futurs successeurs des anticorps classiques, qui forment un des secteurs les plus prolifiques en termes de chiffre d’affaires et de revenus pour de nombreuses industries pharmaceutiques Leur bénéfice n’est plus à démontrer, mais leur efficacité demande cependant à être étendue L’exemple le plus marquant est probablement la course engagée en onco- logie pour trouver le partenaire idéal aux anticorps monoclonaux utilisés en immunothérapie comme Keytruda (Merck) ou Opdivo (Bristol-Myers Squibb) Les projets de combinaison avec ces produits sont nombreux, et le remplacement par des bispécifiques pourrait changer la donne « Sans renoncer au développement d’anticorps monoclonaux classiques, la majorité des big pharmas a déjà amorcé des programmes de recherche sur les bispécifiques Il y a un vrai switch des moyens financiers vers cette approche depuis quel- ques années Même s’il y a peu de données fiables sur les prévisions de marché, car celles-ci évoluent très vite, toutes s’accordent sur la très forte croissance des bispécifiques », témoigne le directeur général

Un aspect plateforme, source de nombreuses licences

Le potentiel derrière cette technologie peut être évalué en regardant du côté des deals et de leur importance Les bispécifiques sont en grande majorité issus de plateformes propriétaires capables de générer de nombreux modèles, et les biotechs s’en donnent à cœur joie de multiplier les partenariats avec tous ceux qui veulent profiter de leur technologie

Outre-Atlantique, l’Américaine Xencor, dont la capitalisation s’élève à 1,7 Md$ pour un pipeline contenant un