Le Billet Bio de H. ELLA
Biotechnologies : principe de précaution ou engagement
Il y a juste quelques jours, la Maison Blanche, et donc le président Obama, annonçait la divulgation prochaine du plan de développement de la bioéconomie « Bioeconomy Blueprint » : une initiative qui devrait être présentée aux Américains en janvier 2012, en pleine année électorale. Cette nouvelle, qui n’est finalement pas surprenante pour un observateur du secteur, nous questionne à plusieurs niveaux. Tout d’abord, sur la vision que peuvent avoir nos politiques des biotechnologies. En effet, ce n’est pas la première fois qu’un président américain s’intéresse aux biotechs (Clinton et le séquençage du génome humain), mais cela indique de la part de ceux qui dirigent la destinée des Américains, une certaine compréhension, et qui sait, une appétence pour les biotechnologies. Chose que l’on rencontre très peu dans la classe politique française. D’ailleurs, la société française elle-même ne semble pas sensibilisée à l’existence d’une révolution biologique et aux différentes potentialités pouvant en découler. Cela nous amène au second point. Il s’agit bien de mettre en place les conditions d’une économie basée sur la biologie et les biotechnologies, ce dont nous sommes pour le moment très éloignés. Car, jusque-là, le discours ambiant, fut-il celui des médias, s’est plutôt orienté vers la défiance pour ne pas dire la peur, suscitant ainsi de multiples crises (OGM, médicaments biologiques, biocarburants…) et le recours systématique au principe de précaution. Il est certain que dans le pays de Descartes, où dans tous les discours priment la raison et la science, celle-ci irrigue très peu la société, et que nous sommes mal lotis par rapport à nombre de nos voisins. Avec cette quasi-absence de discours décrivant les avancées des biotechnologies et plus généralement des sciences, il est compréhensible que notre société soit « déculturée » et que les marchés financiers qui sont en prise avec la société soient eux aussi dépourvus d’attirance pour le secteur, d’où le peu d’analystes et le peu de fonds spécifiques. Ce qui finalement n’est pas un simple paradoxe, puisque tout le monde s’accorde à reconnaître la place prépondérante que prend la science biologique française, la place croissante que pourraient occuper les sociétés de biotechnologie françaises, et le désintérêt presque total que tout cela suscite dans notre classe dirigeante.

© Bf n°520 du 26/09/2011
Acteurs :
Version imprimable
Aucun commentaire.
|