Le Billet Bio de H. ELLA
Avec le Mediator, les conflictors
Avec l’affaire du Mediator, la France redécouvre au XXIe siècle une problématique qu’elle avait déjà croisée, mais dont elle avait oublié la pugnacité et la force. Nous sommes donc en train de découvrir, peut-être me pardonnerez-vous ces mots, les effets secondaires des conflits d’intérêt. Il y a bien longtemps, nous avions eu une première alerte avec les affaires de l’hormone de croissance et du sang contaminé, pour lesquelles les conflits d’intérêt des différentes personnalités avaient été portés en place publique. Du coup le législateur, dans sa grande sagesse, avait proposé un certain nombre de dispositions à l’égard des experts scientifiques et des agences d’évaluation. Mais avec le Mediator, et encore plus avec l’affaire des vaccins antigrippe H1N1 de l’année dernière, l’affaire prend un tour inédit. Et pourrait bien susciter à nouveau l’intérêt du législateur, dont on sent qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’il puisse enfin légiférer. D’ailleurs, nos amis américains, qui possédaient déjà des règles plus drastiques en la matière, viennent de se doter d’outils supplémentaires inscrits dans le marbre par la réforme de la santé du président Obama. Ainsi, aujourd’hui, ce seront les laboratoires qui devront communiquer le nom des experts qu’ils mandent ainsi que leurs émoluments. La question qui se pose à nous est la suivante : devons-nous suivre l’exemple américain ou devons-nous aller encore plus loin et créer, comme certains l’appellent de leurs vœux, un collège d’experts qui éviterait ainsi soigneusement toute interaction avec le privé ? Mais est-ce vraiment la bonne solution car, de tout temps, la recherche académique a eu des difficultés à faire des allers-retours entre l’université et l’entreprise, comme cela peut se passer dans certains pays anglo-saxons. Espérons que cette nouvelle affaire n’aura pas pour effet de renvoyer les chercheurs dans leur tour d’ivoire.

© Bf n°491 du 24/01/2011
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